La délégation du Hamas, qui comprend des dirigeants tant de la Bande de Gaza que

Par Khaled Amayreh et Dina Ezzat

Une délégation du Hamas est arrivée au Caire mardi pour discuter, avec les responsables égyptiens, de la reprise de négociations sur la trêve, gelées par le mouvement la semaine dernière, ainsi que d’un accord d’échange de prisonniers impliquant le soldat israélien Gilad Shalit, détenu en captivité depuis 2006.

La racine du problème.


Armé du drapeau national, un jeune Palestinien fait face, dans une confrontation silencieuse, à un soldat israélien, en Cisjordanie occupée, lors d’une manifestation contre la construction du mur d’apartheid jugé illégal par la Cour Internationale.

Un rappel, peut-être, pour les rivaux Fatah et Hamas, que l’occupation israélienne demeure la menace la plus grave pour la survie du peuple palestinien.

Le Hamas espère échanger Shalit contre de nombreux prisonniers palestiniens détenus par Israël. Il y a plus de 10.000 palestiniens dans les prisons israéliennes.

La délégation du Hamas, qui comprend des dirigeants tant de la Bande de Gaza que de la diaspora, demandera également à la direction égyptienne d’intensifier ses efforts pour parvenir à une réconciliation nationale palestinienne entre le Fatah – vers lequel penche le soutien de l’Egypte – et le Hamas.

Rafah est aussi en bonne place sur l’ordre du jour, et quelques dirigeants du Hamas critiquent en privé la réticence égyptienne à rouvrir le carrefour frontalier, disant que le maintenir fermé cause une détresse injustifiée aux Gazans désespérés. Les leaders du Hamas sont aussi en désaccord avec le refus de l’Egypte de libérer des membres du Hamas détenus par les autorités en Egypte – certains depuis des années. Les responsables égyptiens reconnaissent que ces tensions ont perturbé les contacts avec le Hamas.

Les responsables égyptiens arguent que l’Egypte ne peut pas rouvrir unilatéralement le carrefour de Rafah, étant donné qu’une telle démarche irait au-delà d’un accord international en cours qui régule la circulation palestinienne dans les deux directions à travers la frontière Egypte-Gaza. Réfutant cet argument, le Hamas croit que l’accord est injuste – puisqu’il permet à Israël d’avoir le dernier mot dans une affaire exclusivement égypto-palestinienne – et que, de toutes façons, il est caduque.

Selon des sources proches d’Ismail Haniyeh, Premier Ministre du gouvernement Hamas à Gaza, la délégation Hamas mettra aussi les responsables égyptiens au courant des au moins 50 violations israéliennes de la fragile trêve Hamas-Israël qui a commencé il y a à peine un mois.

Des officiels égyptiens interrogés par Al-Ahram Weekly disent que "l’incapacité du Hamas à montrer la détermination nécessaire pour aboutir" à l’accord d’échange de prisonniers commence à impatienter le Caire. Les responsables ajoutent que l’Egypte est "blessée" par l’insistance du Hamas à inclure l’Union Européenne dans l’accord, au rang de quasi co-sponsor.

Ceci dit, le Caire semble déterminé à poursuivre les tentatives de consolidation de la trêve et finalement l’étendre jusqu’à inclure la Cisjordanie. "Le Hamas veut cet élargissement dans les semaines qui viennent, mais il semble que cela va prendre encore quelques mois", a commenté un responsable.

En parallèle, l’Egypte maintient aussi ce que ses dirigeants qualifient de "rythme raisonnable" de gestion de l’accord d’échange de prisonniers. "Le mois dernier, nous étions plus optimistes, mais nous ne sommes pas pessimistes aujourd’hui", a dit un officiel au courant du dossier.

Depuis la conclusion de l’accord de trêve il y a quatre semaines, Israël a maintenu partiellement fermés les passages frontaliers avec Gaza, soi-disant en réponse aux roquettes tirées depuis la Bande de Gaza sur Israël.

Cependant, certaines indications laissent supposer que des éléments affiliés au Fatah, directement comptables devant les services secrets de l’Autorité Palestinienne, sont responsables de ces tirs.

Les dirigeants de l’Autorité Palestinienne ont publiquement exprimé leur soutien global à la trêve à Gaza. Toutefois, certains éléments au sein de la direction du Fatah considèrent que la trêve bénéficie au Hamas et désavantage le Fatah dans leur lutte interne pour le pouvoir.

Cette semaine, l’armée d’occupation israélienne a attaqué, vandalisé et mis à sac des écoles, des associations caritatives, un important centre médical et un centre commercial à Naplouse, prétendant que ces cibles étaient affiliées à des individus "religieux" proches du Hamas. Israël a dit que ce saccage visait à renforcer le Président de l’AP, Mahmoud Abbas. Bien que le Fatah ait condamné les agressions israéliennes, Abbas est resté bien réticent à les dénoncer.

Le Hamas, en même temps qu’il réaffirmait son engagement dans le cessez-le-feu avec Israël, a condamné "la mise à sac criminelle et nazie des intérêts palestiniens à Naplouse et dans d’autres parties de la Cisjordanie".

La collusion perçue entre l’Autorité Palestinienne et Israël contre le Hamas, que des dirigeants du Fatah nient avec véhémence, arrive au moment où les efforts pour réconcilier les deux camps ont essuyé une série de revers. En Cisjordanie, les services de sécurité affiliés au Fatah ont arrêté des vingtaines de sympathisants du Hamas, dont le maire élu de Al-Sammou, une petite ville au sud d’Hébron.

L’atmosphère générale de méfiance réciproque a culminé cette semaine avec le refus d’Abbas de rencontrer Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas basé à Damas. Abbas, qui a eu des discussions avec le Président syrien Bashar Al-Assad, s’est dit offensé par une lettre envoyée par Meshaal via le Secrétaire de la Ligue Arabe, le général Amr Moussa, dans laquelle il ne mâchait pas ses mots.

Le Hamas a interprété le refus d’Abbas de rencontrer son chef comme une nouvelle preuve qu’Abbas "est comptable, en premier lieu" aux USA, qui sont opposés à tout rapprochement entre les deux factions politiques palestiniennes. Les dirigeants du Fatah nient qu’Abbas soit aux ordres de l’administration Bush. "Ce n’est pas juste que chaque fois que nos frères du Hamas n’aiment pas une de nos déclarations ou de nos positions, ils commencent par nous traiter de traîtres et d’agents de l’Amérique", a dit Rafiq Al-Natsheh, ancien ministre du gouvernement Fatah.

Il y a plus d’un mois, Abbas a appelé à un dialogue de réconciliation nationale – incluant le Hamas – que le Caire allait accueillir. En fait, la semaine dernière, des responsables égyptiens ont dit que le dialogue aurait lieu "bientôt". Aujourd’hui, les officiels du Caire disent : "c’est imminent".

"Les facteurs nécessaires au lancement du dialogue sont réunis. Tant le Fatah que le Hamas souhaitent en finir avec la scission nationale qu’ils ont, tous les deux, des difficultés à gérer", a commenté une source diplomatique égyptienne. Il a ajouté qu’Israël et les USA sont maintenant moins réticents au sujet de ce dialogue qu’ils ne l’étaient il y a quelques semaines, en particulier au vu de l’impact négatif de la scission en cours sur les négociations palestino-israéliennes.

"Aujourd’hui, les USA sont particulièrement conscients que le Président Abbas a besoin de s’assurer de quelques victoires qu’il pourra capitaliser", dit une source ; et à plus forte raison s’il doit se représenter aux élections présidentielles dans un avenir proche.

L’éditorialiste palestinien Hani Al-Masri croit que le Hamas comme le Fatah – mais particulièrement le Fatah – sont réticents à faire les efforts nécessaires pour parvenir à une réconciliation en ce moment. Al-Masri a dit à Al-Ahram Weekly qu’Abbas veut épuiser toutes les possibilités pour parvenir à un agrément large avec Israël, avant la fin du mandat de Bush.

Al-Masri a dit que le Hamas, lui, aimerait attendre que ces 45 députés détenus dans les geôles israéliennes comme otages politiques soient libérés. "Si ils sont libérés, Hamas aurait alors la majorité parlementaire pour virer le gouvernement Fayyad basé à Ramallah, et Abbas aurait peu de marche de manœuvre", a déclaré Al-Masri.


Source
: Al-Ahram
 
  Traduction : MR pour ISM

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