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28/03/2017

La femme musulmane entre deux fanatismes


Le monde fête aujourd’hui la journée de la femme. C’est une occasion pour parler de la femme ; des droits de la femme. Quel est donc la position de l’islam vis-à-vis de la femme ? Quel regard portent les musulmans sur la femme ? Qu’en est-il de la femme musulmane aujourd’hui, dans les pays musulmans, mais aussi dans notre pays la France ?

L’islam est venu changer le regard que portait le monde entier sur la femme. En effet, pendant la période préislamique en Arabie, la femme était un objet qu’on héritait comme n’importe quel meuble de la maison.

Chez les Grecs, on vendait et achetait la femme.

Chez les Romains, elle était constamment sous tutelle étant donné qu’elle ne jouissait pas de toutes ses capacités mentales.

En France, les ecclésiastiques se réunirent lors du concile de Macon en 586 pour discuter autour de la question de savoir si la femme avait une âme. La conclusion est que la femme a effectivement une âme, mais qu’elle a été créée pour servir l’homme !

En Angleterre, jusqu’en 1805, l’homme pouvait vendre sa femme !

En France la femme n’avait pas le droit de conclure des contrats commerciaux et ce, jusqu’en 1938 ! Elle n’a obtenu le droit de vote qu’en 1945 ! Elle n’a obtenu son autonomie financière qu’à partir de 1965. Avant cela, lorsqu’elle se mariait, ses biens entraient dans la propriété du mari !

Les Américains n’ont accordé les droits de la femme qu’en 1920.

Quant à l’islam, il porta à la femme un regard beaucoup plus profond. Elle est en effet, avec Adam, l’origine de l’humanité : « Ô Hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle … » (49 :13)

En islam, l’homme et la femme sont égaux devant la loi ; égaux en droits et en devoirs : « Elles ont des droits équivalents à leurs obligations » (2 :228).

Le Prophète (saws) dit : « Les femmes sont les sœurs des hommes ». Dieu dit : « Les croyants et les croyantes sont alliés les uns aux autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable » (9 :71). Ainsi, les femmes sont les égales des hommes en droits en en devoirs. L’islam lui demande ce qu’il demande à l’homme en matière de comportement, d’actes cultuels, de rapports sociaux, ou en ce qui concerne la construction de la famille et de la société.

Le Prophète (saws) dit : « Celui d’entre vous qui a la foi la plus parfaite, est celui qui a le meilleur comportement, et le meilleur d’entre vous est le meilleur pour son épouse » (rapporté par at-Tirmidhi). Ainsi, le meilleur des croyants n’est pas seulement celui qui a un bon comportement vis-à-vis des gens, mais c’est celui qui, en plus de cela, fait preuve d’un comportement exemplaire à l’égard de son épouse.

Depuis le septième siècle, l’islam a accordé à la femme la liberté et le droit de conclure des transactions, alors que la femme française n’a eu ce droit qu’en 1938.

L’islam a accordé à la femme une autonomie financière, avant, pendant et après le mariage. Elle a le droit de posséder de ses biens et est libre d’en disposer. Alors que la femme française n’a obtenu ce droit qu’en 1965 !

L’islam a donné à la femme le droit de prêter ou de refuser allégeance. Alors que la femme française a voté pour la première fois le 29 avril 1945 !

L’islam a accordé à la femme le droit de choisir son conjoint. Il est interdit de la marier contre son gré.

L’islam a ouvert à la femme tous les domaines de la vie. Il lui a ouvert les portes de la politique à l’instar de ‘Oummou Salama qui conseilla le Prophète (saws) lors de l’épisode d’al-Houdaybiya. ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, mena une armée. Une femme du nom de Ghazala fut à la tête d’une armée qui infligea une défaite à al-Hajjaj ibn Youssouf ath-Thaqafi.

L’islam a ouvert à la femme les portes du savoir. Elle fut donc savante, jurisconsulte et spécialiste de hadith. D’ailleurs de nombreux grands savants furent élèves de femmes à l’instar du célèbre Ibn al-Moundhir.

Dès les débuts de l’islam, la femme participa au combat à l’instar de Nousayba bintou Ka’b (Oummou ‘Oumara) qui perdit son bras en défendant le Prophète (saws) pendant la bataille d’Ouhoud.

Oummou Hani, offrit la protection à un polythéiste le jour de la prise de la Mecque, le Prophète (saws) lui dit alors : « Nous protègerons celui que tu protèges, ô Oummou Hani ».

La femme musulmane avait une forte personnalité et n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait en public. Le calife ‘Omar ibn al-Khattab passa un jour devant une femme. Elle l’arrêta un long moment et l’exhorta en disant : « Ô ‘Omar, lorsque que tu étais jeûne, on t’appelait « ‘Ouwaymir » (petit ‘Omar). Puis, on t’a appelé « ‘Omar ». Puis, on te qualifia de « Commandeur des croyants ». Crains donc Dieu en ce qui concerne le peuple. Et sache que quiconque est assuré de mourir craint le regret des moments passés, et quiconque est certain d’être jugé, s’effraie du châtiment». ‘Omar resta un long moment debout en écoutant attentivement les propos de cette femme. On lui dit alors : « Ô Commandeur des croyants ! Pourquoi t’arrêtes-tu à cette vieille femme aussi longtemps ? ». Il dit : « Par Dieu, même si elle m’avait retenu du début à la fin de la journée, je serais resté sauf pour les Prières obligatoires. Savez-vous qui est cette vieille femme ? C’est Khawla bintou Tha’laba, dont Dieu a entendu les propos du haut des sept cieux. Comment Dieu écouterait-Il ces propos et pas ‘Omar ?! »

Un jour ‘Omar décida de limiter le montant de la dot. Une femme lui dit dans la mosquée, publiquement : « Comment oserais-tu limiter ce que ni Dieu ni le Messager (saws) n’ont limité. N’as-tu pas entendu le verset : « Si vous voulez substituer une épouse à une autre, et que vous ayez donné à l’une un qintar[1], n’en reprenez rien » (4 : 20). ‘Omar dit alors : « ‘Omar s’est trompé, et cette femme a raison ».

Par ailleurs, ‘Omar ibn al-Khattab a confié la responsabilité de la vérification de la conformité des affaires économiques et commerciales « al-hisba » à une femme du nom de Shifa. Quant à Samra bintou Nouhayk, que Dieu l’agrée, elle fut responsable du marché à la Mecque du temps du Prophète (BDSL) comme le rapporte at-Tabarani. Elle tenait à la main un fouet et frappait les contrevenants.

Mais malheureusement, le progrès qu’apporta l’islam dans le monde de la femme s’est peu à peu estompé. La situation de la femme musulmane se dégrada pendant les derniers siècles. On lui imposa l’ignorance et la femme n’eut plus aucun rôle culturel, politique ou social. Il ne lui fut plus permis de participer à l’essor de la société. Elle ne fut plus la bienvenue dans les mosquées. On l’a cloitra chez elle, privée d’adoration, de science de culture, bref de toute activité.

A cause de la régression de la situation de la femme dans les pays musulmans, on accusa l’islam d’humilier et de mépriser la femme. Y-a-t-il un texte du Coran ou de la Sunna qui justifie cette accusation ? Pas du tout ! Mais le drame de l’islam aujourd’hui n’est pas dans ses textes, mais plutôt dans ceux qui parlent en son nom !

La civilisation musulmane était à la tête des civilisations lorsque la femme y était épanouie et émancipée. Lorsqu’on interdit à la femme l’instruction et toute participation à la vie de la société ; lorsqu’on la condamna à une mort morale, culturelle et intellectuelle, la nation musulmane est devenue de loin la dernière !

Car les musulmans ont agit avec la femme selon leur héritage culturel. L’erreur est de juger de la situation de la femme en islam à travers la situation de la femme musulmane dans les pays musulmans. Les traditions des musulmans ne sont pas les enseignements de l’islam.

En réalité, il y a un point commun entre le fanatisme laïc occidental et le fanatisme religieux musulman.

Le point commun est que les fanatiques des deux bords regardent la femme sous le seul angle de la passion.

En Occident, la femme est réduite à un corps. Elle est l’objet sexuel de l’homme. Elle est prisonnière des désirs et des fantasmes masculins. La liberté de la femme est réduite à sa liberté sexuelle. A bas la pudeur et les valeurs morales. L’important est d’étancher la soif sexuelle de l’homme. La femme est devenue une marchandise. On étale ses charmes pour vendre un produit de consommation ou pour promouvoir une musique.

L’Occident porte sur la femme un regard extrêmement superficiel et passionnel. Quelles sont les femmes célèbres ? Des mannequins, des chanteuses, des actrices … Avez-vous déjà vu une intellectuelle en couverture d’un magazine ! Connaissez-vous le nom d’une intellectuelle ?!

De l’autre côté, les fanatiques religieux regardent également la femme sous le seul prisme de la passion. La femme est source de tentation. Ils ne cessent de réduire les droits de la femme sous prétexte du principe de précaution. Par précaution, l’homme ne doit pas parler à une femme, et la femme ne doit pas lui adresser la parole ! Pour éviter les tentations, il est interdit à la femme de regarder un homme ou d’être vue par un homme. On a instauré dans la communauté un climat malsain !

Ils ont diffusé pour cela des hadiths forgés de toutes pièces. Le Prophète (saws) aurait dit à sa fille Fatima : « Quelle est la meilleure chose pour une femme ? ». Elle aurait répondu : « De ne pas voir un homme, et de ne pas être vue par un homme ». Le Prophète (saws) lui aurait alors embrassé le front en disant : « Tel père, telle fille ».

Non seulement ce hadith est forgé, mais il contredit en plus les enseignements du Coran et de la sunna authentique.

En effet, comment le Prophète (saws) aurait pu dire une chose pareille alors que nous lisons dans le Coran le récit de Mariam (Marie) : « … Chaque fois que Zacharie entrait auprès d’elle dans le sanctuaire, il trouvait près d’elle de la nourriture. Il dit : « Ô Marie, d’où te vient cette nourriture ? » Elle dit : « Cela me vient de Dieu ». Il donne certes la nourriture à qui Il veut sans compter » (3 :37). Le prophète Zacharie (Zakariyya) (saws) n’était pas un « mahram[2] » pour Marie. C’était le mari de sa tante maternelle. Pourtant, il lui rendait visite, lui parlait et Marie le voyait et échangeait avec lui des propos !

Dans la sourate « le récit » (Al-qasas), le Coran nous relate l’histoire de Moïse (Mûsâ) avec les deux jeunes femmes. Moïse leur dit : « Que voulez-vous ? » Elles dirent : « Nous sommes incapables d’abreuver que quand les bergers seront partis ; et notre père est fort âgé. Il abreuva les bêtes pour elles, puis retourna à l’ombre » …. Puis, l’une des deux femmes vint à lui, d’une démarche timide, et lui dit : « Mon père t’appelle pour te récompenser pour avoir abreuvé pour nous » (28 :23-25).

Dans ce récit, il est évident que Moïse a vu les deux jeunes femmes, et que celles-ci l’ont vu, de même qu’il leur a parlé et lui ont parlé !

La Sunna nous rapporte également que ‘Âïsha observa les Abyssins chrétiens danser avec leurs lances, le jour de l’Aïd (sacrifice d’Abraham), dans la mosquée du Prophète (saws). Le Prophète (saws) la laissa suivre ce spectacle jusqu’à ce qu’elle lui ait dit : « Cela me suffit, ô Messager de Dieu ».

Comment le Prophète (saws) aurait permis à ‘Âïsha de regarder les Abyssins s’il était interdit à la femme de voir les hommes ou inversement.

Ils ont également diffusé des hadiths interdisant à la femme d’assister aux prières collectives et qui lui conseillent non seulement de prier chez elle, mais de prier dans l’endroit de la maison le plus retranché. Voir une femme prier est apparemment un mal ! Il est d’ailleurs répandu chez certains musulmans que l’homme ne doit pas voir la femme en train de prier. La femme peut sortir pour aller à la fac, au marché ou à l’hypermarché, mais à la mosquée, non ! Or, ces hadiths contredisent la sunna pratique du prophète (saws) relatée d’une manière notoire « moutawatir ». En effet, depuis la construction de la mosquée du Prophète (saws), les femmes musulmanes, y compris les épouses du Prophète (saws) assistaient aux Prières collectives. Il n’y avait à cette époque aucune espèce de séparation entre les hommes et les femmes et cela ne gênait personne. Si la prière de la femme était meilleure chez elle, pourquoi le Prophète (saws) laissait les femmes musulmanes ainsi que ses épouses prier à la mosquée ? Pourquoi ne leur a-t-il pas conseillées de prier chez elles ? Ou les a-t-il conseillées, mais celles-ci n’auraient pas écouté son conseil ?! Ibn Hazm a rejeté ces hadiths et cheikh Mohamed al-Ghazali partage son avis.

En réalité ceux qui imposent aux femmes de telles restrictions nourrissant à leur égard de mauvaises pensées ne font que partager le même principe que les occidentaux, à savoir, le regard passionnel sur la femme. Par mesure de précaution contre toute tentation, la femme est effacée de la société. Prononcer son prénom est mal, voir son visage est interdit, sa voix fait partie de sa nudité « ‘awra », sa fonction est réduite aux tâches ménagères et à la cuisine. Et si ces rigoristes étaient présents du temps du Prophète (saws) ils auraient exigé de lui de mettre un rideau dans sa mosquée pour séparer les hommes des femmes, et ils lui auraient demandé d’exclure ces deux femmes qui ont assisté au pacte d’al-‘Aqaba.

On a donc effacé la femme de la société. Et là encore, ces rigoristes rejoignent les fanatiques de la laïcité, qui essaient, à coup de lois, d’effacer toute visibilité de la femme musulmane. Cela a commencé par la loi discriminatoire du 15 mars 2004 qui a exclu les jeunes filles voilées des lycées et les a privées d’instruction. Les rigoristes en ont rêvé, les laïcistes l’ont fait ! Puis les discriminations se sont étendues au monde du travail, et même jusqu’à chez elles avec la loi anti-nounous voilées ! Certains politiques essaient même d’étendre la loi du 15 mars pour interdire la femme musulmane de l’espace public. Peu importe les motivations ou les principes, les deux fanatismes tendent à effacer toute visibilité de la femme musulmane de la société.

Nous avons donc besoin d’un renouveau féminin, pour traiter la question de la femme en conformité avec les enseignements authentiques de l’islam. Il ne faut pas se laisser influencer par les hadiths forgés et faibles ou par les compréhensions réductrices et erronées des textes. Il ne s’agit pas d’appeler à un féminisme en dehors du cadre religieux musulman, mais seulement à rendre à la femme les droits que Dieu lui a octroyés.

Sermon du vendredi

Moncef Zenati

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[1] – mille pièce d’or, d’où le mot latin quintal

[2] – Est mahram pour un homme ou une femme toute personne qui lui serait liée par des liens de parenté ou d’allaitement entraînant la prohibition permanente du mariage.

Cet article a été publié dans Havre de savoir le 8 mars 2015 

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