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20/03/2019

La maladie de Boumediene: Histoire d’un secret d’Etat ( à quelques semaines de la commémoration du 30 ème anniversaire de la mort de Houari BOUMEDIENE )


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Houari Boumediene de son vrai nom Mohamed Ben Brahim Boukharouba, au-delà d’avoir inscrit dans l’histoire son nom de guerre aura laissé cette étrange sentiment de non dit sur sa maladie et sa mort qui persiste depuis 27 ans. Un aspect symptomatique d’une période riche en réalisation mais que la culture du secret a complètement soustrait à l’appropriation des algériens.De quoi est mort le président Boumediène ? Comme si le mystère n’était pas suffisamment épais. Il a fallu que le nom de sa maladie soit si compliqué qu’on ne puisse le retenir que si on est un habitué du vocabulaire médical. Syndrome de Waldenström (1), une rare maladie du sang du nom imprononçable du médecin suédois qui la découverte et qui a posé lui-même le diagnostique en se déplaçant au chevet du président Boumediène. Le second président algérien qui avait marqué pour une longue période son passage à la tête de l’état algérien s’est éteint officiellement le 27 décembre 1978 à l’âge de 46 ans après 9 jours de coma profond.Mais ce que l’on sait aujourd’hui et que les témoins de l’époque racontent sans trop insister est passé pour un véritable secret d’Etat, laissant dans l’opinion le fâcheux sentiment que l’on a voulu éloigner le président du peuple, le même peuple qui a suivi dans un mouvement de foule indescriptible le cortège funèbre le jour de l’enterrement.L’hospitalisation même du président Boumediene avait été entourée d’un secret extraordinaire tendant même à faire croire que le président effectuait un invraisemblable « voyage de travail et d’amitié » de six semaines à Moscou. Il est vrai que l’ancienne union soviétique avait pris l’habitude de maintenir en vie des premiers secrétaires de parti le plus longtemps possible. La série des Brejnev, Andropov et Tchernenko confirmait que la médecine soviétique était capable de réaliser de miracles. Un miracle dont ne bénéficiera pas le président Boumediene même si à l’époque le magazine Afrique Asie s’évertuait à présenter une image en noir et blanc du président Boumediene en compagnie de chefs d’Etats africains. Dans un pays où il ne se passait pas un jour sans que l’on montre les images du président inaugurant, discourant, se réunissant donnat des directives, un voyage de six semaines à l’étranger était couvert de manière assez peu habituelle (2).
Le président Boumediene avait commencé à présenter les premiers symptômes de sa maladie en septembre 1978. Les premiers examens à Alger, passés sous silences seront suivis de l’hospitalisation prolongée en ex URSS.Ce sera la presse occidentale, essentiellement française qui commencera à évoquer d’abord l’absence de l’image du président algérien avant de parler de la maladie du président Boumediene que confirmera à l’AFP le ministre des Affaires étrangères de l’époque Abdelaziz Bouteflika.
Est-ce que pour autant les dirigeants du monde ignoraient que le président algérien était souffrant ? Certainement pas et les relations internationales de l’Algérie particulièrement denses et dynamiques de cette période glorieuse ont été gérés avec cette donnée durant un long moment. Les seuls à qui on s’évertuait de cacher la maladie de leur président ce sont les algériens. Une fois connue la maladie, l’information devenait subitement source d’inquiétude et de vœux de bonne santé officiels émanant de toutes les Kasma et sections des organisations de masse de l’époque, comme si le président était tombé malade du jour au lendemain.

Au-delà du coup d’Etat du 19 juin 1965, la réduction des tensions intérieurs nées de la guerre de libération, la récupération par l’Algérie de Mers El Kebir en 1967 (avant terme selon les accords d’Evian en fait), la mise en place d’un plan de développement ambitieux, la nationalisation des hydrocarbures, les actions des l’Algérie dans le cadre des non alignés ou de l’OPEP, ce qui reste de Boumediene c’est cette propension à cultiver le secret autour d’une personne que finalement tout le monde semble connaître.

Amine Esseghir

1 – La maladie de Waldenström est selon les encyclopédies médicales une prolifération maligne de lymphocytes B aboutissant à des plasmocytes sécrétant un anticorps particulier (immunoglobuline M monoclonale). Ses signes symptomatiques sont une grande fatigue, souvent une importante anémie, un amaigrissement, un aspect émacié, la présence de ganglions, parfois un gros foie et une gosse rate.

La maladie est détectée par des examens approfondis notamment le comptage des globules rouges qui se présentent sont en rouleaux érythrocytaires, une thrombopénie, une hyperlymphocytose discrète alors que la vitesse de sédimentation est très élevée.

Le myélogramme (analyse de la moelle osseuse au microscope) montre une moelle envahie par les cellules lymphoïdes (lymphocytes et plasmocytes).

On a recours aussi à l’électrophorèse (séparation de molécules chargées : protéines, peptides, acides aminés, acides nucléiques et nucléotides) pour mettre en évidence un pic étroit anormal. Mais Boumediene est décédés en 1978 et a été examiné par le professeur suédois Jan Walndenström, décédé en 1996, lui-même qui a posé le diagnostique. Le même professeur de l’hôpital de Malmö qui avait décrit le premier la maladie en 1944.

2 – Faut il s’étonner aujourd’hui qu’on ne puisse illustrer la maladie du président Boumediene par allusion, aucune photo officielle de cette période n’existe ou bien est disponible publiquement. Par ailleurs, certains témoins indiquent qu’à cette époque le président prenait des notes sur un carnet. Que contenait ce carnet et qu’est-il devenu ?

A. E.

27 décembre 1978 – 27 décembre 2005

Boumediène est-il mort ?

La dernière chose à faire pour aborder un sujet comme celui de Houari Boumediene serait de verser dans le culte de la personnalité et, pire encore, de tout faire pour abonder dans le sens contraire. Car par delà l’homme, il y a une phase politique et sociale, jamais consensuelle, certes, mais dont l’analyse est toujours à faire. Car du socialisme totalitaire d’hier à la démocratisation balbutiante dans un capitalisme en achèvement aujourd’hui, seules vingt cinq années nous séparent, pas plus d’une génération en fait. Trop peu pour dire que la page du «système Boumediene» est déjà complètement tournée.

Indéniablement, le contexte de la prise du pouvoir par Houari Boumediene était celui de la phase post-indépendance durant laquelle l’Algérie se caractérisait par une lenteur patente de la construction de l’édifice institutionnel de l’Etat. Cet handicap se juxtaposait à la réalité d’un Etat aux frontières héritées du colonialisme, un partage territorial injuste au regard des voisins de l’est et de l’ouest (épisode de Bizerte avec la Tunisie en 1960 et en 1963 avec la guerre des sables face au le Maroc de Hassan II, «rassembleur des terres et des hommes») qui précipitait l’Etat algérien dans l’urgence et l’exigence d’être suffisamment fort pour survivre en tant que tel. De ce point de vue, il reste difficile de nier que le coup d’Etat de 1965 peut paraître comme répondant à une nécessité historique. Il s’est traduit par l’assise de l’hégémonie de l’armée dans la décision politique dans les deux domaines intérieur et extérieur avec le mobile en premier degré que la gestion antérieure par Ahmed Ben Bella, à tout le moins dans l’esprit des auteurs du putsch du 19 juin, était chaotique, voire velléitaire pour ce qui est des grandes questions nationales, donc dangereuse.

Ouvrons une parenthèse ici pour dire que les clivages insolubles qui minent aujourd’hui les relations inter maghrébines n’étaient pas de la même nature ni de la même gravité que dans la période post-indépendance qui avait été le terreau d’une solidarité totale des peuples et des dirigeants maghrébins. Historiquement, cependant, le Maroc et la Tunisie ont eu de grandes dynasties qui, en dépit de périodes de troubles et de révoltes, ont établi un pouvoir central fort. Cela n’a pas été le cas de l’Algérie. Houari Boumediene qui a manifestement voulu faire de l’Algérie l’Etat le plus puissant du Maghreb, n’a eu de cesse de se montrer intransigeant sur la question des frontières, considérant que les Algériens avaient « payé le prix du sang » pour les défendre.

Mais par delà cet aspect, la prise de pouvoir par Boumediene n’a pas moins comporté plusieurs autres réalités, certains ont longtemps constitué la molécule de base du système politique algérien, d’autres sont encore en vigueur. La première et la plus évidente a trait au rôle de l’armée dans gestion du pays.

On le sait, les conditions de l’exercice du pouvoir liées au processus historique de formation de l’État et l’absence d’une administration suffisante, ont conduit l’armée à assumer plus ou moins directement les rênes du pouvoir. Cette identification de l’armée au gouvernement a posé pour l’avenir un problème de fond, celui lié au risque de contradiction entre la fonction citoyenne, la mission d’ordre public et la gestion du pouvoir. En Algérie, le rôle prépondérant de l’armée, son lien consubstantiel à la nature de l’État est le fruit d’un processus historique unique en son genre. Pendant la guerre de libération, le résultat des confrontations entre l’ALN et l’armée française avait tôt fait de placer, très probablement dès 1959, l’armée des frontières en position de direction de la guerre de libération. Cela, même si politiquement, la notoriété et la légitimité appartenaient aux chefs historiques prisonniers et notamment à Ahmed Ben Bella qui faisait figure de leader charismatique. C’est entre ces chefs et ceux de l’armée dont Houari Boumediene notamment qu’allait se jouer la bataille pour le pouvoir. Ce qui a permis à Boumediene de la remporter a été son grand atout : si beaucoup savent aujourd’hui qu’en 1962, l’armée était la seule force organisée du pays et la seule administration capable de le structurer dans l’attente de la production des nouvelles élites, Boumediene, lui, a été le premier à le comprendre.

L’armée au cœur du système


Houari Boumedienne by Erling Mandelmann Photo: Houari Boumedienne, 1966.
Ce même colonel qui déposera Ben Bella a pris en charge la destinée de l’Algérie nouvelle sous la direction plurielle du Conseil de la Révolution et c’est sous sa direction que s’est opéré l’investissement par l’armée de l’État et, dans une certaine mesure, de la société. Ce processus s’est fait sur plusieurs modes. Idéologiquement, en fusionnant le concept de militant et de militaire. Politiquement, en assurant la réalité du pouvoir, tout en déléguant l’exercice du gouvernement au parti unique. Certes, en apparence, l’armée n’a pas exercé directement le pouvoir, mais est passé par le filtre de fiction du parti unique.

Structurellement enfin, en s’installant aux principaux leviers de commande de la société civile et des entreprises nationales.


Mais l’armée, qui avait placé toute sa confiance en Houari Boumediene dont il était le chef incontesté, et surtout incontestable, pouvait-elle faire autrement ? On ne peut nier que l’entrée des militaires en politique tient à l’absence de bourgeoisie dominante, lui faisant assumer les fonctions d’administration et de gestion de l’État en transition. Car à défaut d’un passage du pouvoir vers une élite issue des classes moyennes, l’armée ne pouvait que continuer à être l’unique institution capable d’assurer la médiation entre l’État et ses rouages. Pouvait-il en être autrement puisque les multiples obstacles à la création d’une forte élite locale par la France en Algérie a été la cause principale de l’implantation de l’armée dans toutes les strates de l’administration et du pouvoir. Il n’est pas utile d’aller plus loin dans les rappels historiques pour dire, qu’au bout du compte, la nature du système politique qui a fondé le socle du pouvoir de Boumediene recherchait la concrétisation d’une équation simple : c’est le chef de l’armée qui est le chef de l’Etat.

Mohamed Boukharouba, dont le nom de guerre est Houari Boumediene est né le 23  août  1932  dans  la  localité  de  Beni  Addi à 15 km de Guelma.Cet objectif a été atteint en deux temps. L’appui total au coup de force de l’été 1962 qui a été, on peut le dire avec du recul, un coup d’Etat du présidentialisme incarné par Ahmed Ben Bella contre le parlementarisme, illustré par la Constituante. La seconde phase, datant du 19 juin 1965, survivra à Boumediene : en 1978, la logique du système politique se manifestera au grand jour, et l’armée affichera la réalité de son pouvoir en nommant directement comme son successeur le colonel Chadli Benjedid, le plus ancien au plus grade, pour être le troisième président de la République algérienne.

L’Algérie, voix des pauvres

L’une des grandes options stratégiques de Houari Boumediene a été d’avoir reconduit puis renforcé l’orientation de l’appareil diplomatique algérien. En 1965, l’Algérie est un État récent, mais pourtant doté d’une diplomatie aux fortes traditions. Sa stabilité politique ancrée par un système totalitaire a permis la permanence aux affaires de la génération des jeunes militants formés pendant la guerre de libération nationale dans les rangs de l’ALN et du FLN et de l’UGEMA. L’apport de Boumediene a été capital de n’avoir pas marqué de repli dans ce domaine, ce qui aurait décidé tout à fait autrement pour
des générations de la place de l’Algérie dans le monde. Entendons nous bien que le rôle international de l’Algérie a commencé dès 1954, c’est-à-dire avant son indépendance. L’action diplomatique de l’Algérie n’est pas une conséquence de l’existence de l’État algérien : au contraire, c’est la diplomatie du FLN et le combat de l’ALN qui ont provoqué l’indépendance de l’Algérie. On comprend bine pourquoi de 1954 à nos jours, l’Algérie a fondé son action internationale sur son appartenance à plusieurs cercles géopolitique, par rapport auxquels elle se définit : le Maghreb, le monde arabe, le monde musulman, l’Afrique, le Tiers monde. A travers ses positions officielles, l’Algérie de Boumediene a tracé le sillon d’un appel permanent à la solidarité et développe une politique qui vise à libérer le Tiers monde de ses ennemis : le colonialisme, le racisme, le sionisme, l’impérialisme (au sens politique et économique) et à construire «un nouvel ordre économique international favorable aux intérêts des nations prolétaires exportatrices de sources d’énergie et de matières premières». Ainsi l’Algérie ne défend pas seulement ses intérêts nationaux et ne compte pas sur ses seules forces : elle veut mobiliser et rassembler l’ensemble des forces des pays pauvres, dont elle reconnaît éternellement sa dette envers plusieurs d’entre eux.

L’Algérie sous Boumediene se situait donc dans une vision du monde à logique binaire, où la distinction fondamentale oppose les nations pauvres aux nations riches. L’Algérie se présentait, en fait, comme le porte-parole des petits contre les grands. Par de multiples décisions, comme en soutenant à bout de bras les mouvements nationaux de décolonisation ou en lançant l’idée du nouvel ordre économique international, Boumediene a eu le mérite de préserver ce qui marquait l’identité internationale de l’Algérie. Une tradition à laquelle aucun chef d’Etat n’a voulu, su ou pu déroger, au risque de confisquer aux un élément aussi capital relevant du mythe fondateur de la nation algérienne elle-même. Mais en 1975, Boumediene aura mesuré les limites des possibilités du pays, avec la guerre du Sahara occidental, les difficultés de l’OPEP et l’échec du projet d’un nouvel ordre économique international. C’était cela le prix du litige permanent avec les voisins maghrébins avec lesquels un bloc homogène était impossible, essentiellement pour les raisons évoquées plus haut.

Nationaliste et socialiste ?

Aujourd’hui, qui oserait encore revendiquer Boumediene ? Cela ne reviendrait-il pas à célébrer la dictature à l’heure du multipartisme ou le socialisme spécifique dans un pays rythmé par l’économie de marché ? Et pourtant, deux courants, au moins, paraissent les mieux indiqués pour le faire : les «nationalistes» et la gauche, à qui, il nous semble il a pratiquement beaucoup donné. On ne peut que le penser si l’on énumère, pêle-mêle, le panarabisme, l’arabisation, la valorisation permanente de Novembre pour les premiers et la démocratisation de l’enseignement, la gratuité de la santé publique, la recherche du plein emploi, les nationalisations pour la seconde. Mais qui se souvient encore de Boumediene ?

Dans le premier camp, la référence à Novembre est omniprésente, mais de toutes les composantes du courant nationaliste, seules quelques anciennes organisations de masse, telles que l’UNEA, tient encore et de façon annuelle son colloque sur Houari Boumediene, versant par la force des choses dans un folklore stérile et une absence de la critique objective. L’abandon de la référence à Houari Boumediene est, cependant, davantage perceptible dans le cadre des appareils de l’ex-parti unique que dans les propos des individus qui en font partie, surtout qui furent de la génération de l’époque. Il est vrai que l’entreprise de déboumedienisation impulsée par Chadli Bendjedid, à laquelle ont pris part de nombreux cadres qui ont compris le bénéfice à tirer du retournement de veste exigé a fini par gommer de l’imaginaire collectif tout regard par-dessus l’épaule. Mais, ce n’est pas la seule raison qui amène les nostalgiques de la pensée unique et les forces anti-démocratiques à taire le nom de celui qui illustra le mieux le système dans lequel ils auraient aimé vivre encore : toute entreprise du restauration d’un système affaibli doit nécessairement tenir compte de l’irréversibilité de la perspective démocratique et faire en sorte que le schéma totalitaire puisse se réaliser en dépit de celle-ci et surtout sans l’accélérer. Ce n’est donc pas le fruit d’un aggiornamento, mais par instinct de survie que les nationalistes de tout bord ont décidé de faire définitivement l’impasse sur toute la symbolique que peut encore représenter Boumediene.

Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene, deux chefs (et donc un de trop) pour une Algérie indépendante

Quant à la gauche, prise dans sa totalité, surtout parmi ses composantes qui avaient grandi et activé à l’ombre de Boumediene, celle-ci vit à ce jour le clivage que lui imposa le système d’alors : qui du socialisme ou de la démocratie devait être le combat prioritaire, lequel fallait-il sacrifier dans l’immédiat ? Il est facile de comprendre que ceux qui ont opté pour la seconde cultivent encore la rancune. On peut difficilement admettre que ceux qui disent défendre les principes de la justice sociale, estiment maintenant que les politiques de Boumediene ont été la cause de tous les maux et malheurs du pays.

Nabil Benali

Entretien avec Paul Balta

“Boumediène allait faire de grandes choses !”

Pour avoir approché l’ancien président Houari Boumediène, Paul Balta reste une référence incontournable s’agissant d’un sujet qui, historiquement, n’a pas encore dévoilé toutes ses facettes. Dans cette interview exclusive, il mêle le témoignage objectif à l’anecdote sincère pour nous faire une somme de révélations…

Les Débats : Pensez-vous, vingt-sept ans après la disparition de l’ancien Président, que l’Algérie soit sortie de ce qu’on pourrait appeler le système Boumediène ?

Paul Balta : Avant de répondre, je voudrais rappeler que, correspondant du journal Le Monde au Maghreb, résidant à Alger de 1973 à 1978, j’ai rencontré Houari Boumediène pour la première fois deux jours avant la 4e conférence des chefs d’Etat des pays non alignés (Alger, 5-9 septembre 1973). Ce premier contact, déterminant pour la suite de nos relations, éclaire sa personnalité. Je venais de publier La politique arabe de la France (1) et des articles sur l’enseignement de l’arabe (2) ; le tout était sur son bureau. Un tour d’horizon, en français, m’a prouvé qu’il connaissait mon parcours et savait que ma mère était égyptienne. Avant de commencer l’interview en arabe, je lui ai demandé de parler plus lentement lorsqu’il aborderait les problèmes économiques. Grand seigneur, il avait répondu : ”Monsieur Balta, vous avez beaucoup fait dans vos écrits pour la culture des Arabes et leur dignité. Nous avons commencé en français, nous continuerons donc en français !” Et il en fut ainsi pendant nos cinquante-cinq heures d’entretiens en tête-à-tête, d’une grande liberté de ton.

A l’époque, c’étaient les militaires qui détenaient de fait le pouvoir et, à bien des égards, ils le conservent encore.

Cela dit, je pense que l’Algérie d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle de Boumediène. La période Chadli Bendjedid a introduit la corruption à grande échelle et a fait perdre au pays son rang sur la scène internationale, rang que le président Bouteflika a contribué à lui rendre. Boumediène s’intéressait beaucoup aux jeunes. Il était très fier d’avoir généralisé la scolarisation, y compris celle des filles, et il m’avait dit à diverses reprises : ”La vraie révolution, ce sera quand nos petites paysannes entreront à l’université.” Désormais, il y a plus de 50% de filles à l’université !

Il s’agissait d’un système politique qui, en apparence, était entièrement concentré autour du chef de l’Etat. N’y avait-il pas d’autres forces en présence dans la gouvernance du pays ?

Il y avait certes d’autres forces, mais Boumediène a joué un rôle hors du commun. Ayant rencontré et interviewé tous les chefs d’Etats arabes, du Golfe à la Mauritanie, je le situe parmi les plus visionnaires, au côté de Nasser, Bourguiba, Hassan II. Qu’il ait pris goût au pouvoir, c’est certain. Néanmoins, ce dernier n’était pas pour lui un moyen de s’enrichir ou une fin en soi, mais un instrument pour faire évoluer les structures du pays et peser sur l’ordre international afin de le transformer. Cette attitude fut le résultat d’un long cheminement.

Au départ, ce fils de paysan est animé par un nationalisme exacerbé centré sur l’Algérie. Devenu chef de l’ALN, il découvre la multiplicité des problèmes à résoudre mais il sait être à l’écoute et pratique le travail en équipe avant de prendre les décisions.

A l’indépendance, son horizon s’élargit au contact des réalités régionales et internationales. Soucieux d’assurer l’indépendance économique de l’Algérie, il constate la complexité des relations avec l’ancienne puissance coloniale soutenue par les Etats-Unis et les pays occidentaux qui sont aussi ses rivaux, l’ambiguïté des rapports avec l’URSS et les Etats d’Europe orientale qui jouent la coexistence pacifique mais sont engagés dans le guerre froide, la difficulté d’établir des liens durables avec les pays du Tiers- Monde, trop souvent divisés au lieu d’être solidaires. Devenu président du mouvement des non-alignés, il élabore une stratégie planétaire. Ainsi, comme je l’ai écrit (3), il est passé “des intuitions spontanées aux analyses argumentées, de l’incantation à l’action, de la dénonciation des situations iniques à l’organisation de la lutte”. En effet, c’est lui qui, lors de l’assemblée générale de l’ONU sur les matières premières, en avril 1974, a défini ce que devrait être le ”nouvel ordre économique international” et, par voie de conséquence, le nouvel ordre politique et le nouvel ordre culturel.

Houari Boumediène était-il l’homme politique qu’on s’est plu à décrire en le qualifiant de dictateur, de despote ?

Discret mais efficace, timide mais fier, réservé mais volontaire, autoritaire mais humain, généreux mais exigeant, prudent dans l’audace, tel m’est apparu Boumediène. Il travaillait avec acharnement sans se soucier de ce qu’on pensait de lui à l’étranger. Il avait une passion : édifier l’Etat centralisé que l’Algérie n’avait pas eu dans le passé, contrairement au Maroc et à la Tunisie. Il voulait forger l’unité nationale face au “wilayisme” et aux intrigues politiciennes. Homme intègre, Boumediène a certes fermé les yeux sur les abus commis, notamment par des chefs militaires (détournements de fonds ou de terres agricoles, abus de pouvoir, etc.) mais il a veillé à limiter au maximum le phénomène de la corruption.

Les Algériens le jugeaient distant et même cassant, mais ils reconnaissaient son austérité, son intégrité et son patriotisme. Il a certes fait des erreurs, mais combien de chefs d’Etat n’en ont pas commis ? Les centaines de milliers d’Algériens qui se sont précipités spontanément dans la rue pour lui rendre hommage, quand il est mort, sont une preuve d’admiration. Dans sa majorité, le peuple ne le considérait pas comme un despote.

Pensez-vous que si Boumediène était encore en vie, il serait encore au pouvoir ? Je veux dire avait-il, probablement à l’étape de la charte de 1976, des intentions d’ouverture démocratique qu’il n’aurait pas eu le temps de concrétiser ?

Lors de nos entretiens, plusieurs réflexions laissaient penser qu’il envisageait de libéraliser le régime, dès 1976. Le Monde ayant décidé mon rappel pour m’envoyer en Iran couvrir la révolution, je l’avais rencontré, fin août 1978, pour l’en informer et lui faire mes adieux.
Il avait exprimé sa consternation et insisté pour que je reste : “Vous avez vécu la mise en place des institutions, il faut aller jusqu’au bout. Il va y avoir des changements importants. J’envisage pour la fin de l’année ou le début de 1979, un grand congrès du FLN. Nous devons dresser le bilan, passer en revue ce qui est positif mais surtout examiner les causes de nos échecs, rectifier nos erreurs et définir les nouvelles options. Témoin de notre expérience vous êtes le mieux placé pour juger ces évolutions.” Intrigué, je lui avais posé ces questions : envisagez-vous d’instaurer le multipartisme ? D’accorder plus de place au secteur privé ? De libéraliser la presse ? De favoriser le mouvement associatif ? La façon dont il avait souri allait dans le sens d’une approbation, puis il m’avait dit : ”Vous êtes le premier à qui j’en parle, je ne peux être plus explicite pour le moment, mais faites-moi confiance, vous ne serez pas déçu.” J’ai dû néanmoins partir à Téhéran où j’ai appris sa maladie puis sa mort, le 27 décembre.
Du temps de Boumediène, les rapports algéro-français étaient en tension permanente. La culpabilisation de l’ancien colonisateur faisait partie intégrante du discours officiel et la révolution socialiste s’inspirait constamment de la Guerre de libération remportée face à la France.

Quelle comparaison est-elle possible avec la polémique d’aujourd’hui sur la loi de 23 février portant glorification du colonialisme ? Les deux pays en seraient-ils, en définitive, au même point dans leurs relations ?

L’expérience m’a appris que la réalité était plus complexe. Malgré le contexte difficile dû aux passions suscitées sur les deux rives par la guerre d’Algérie, le général De Gaulle cherchait à préserver l’avenir de la coopération. Il avait de la considération pour le chef du nouveau régime et me l’avait dit “off the record”. En effet, après son retour au pouvoir, en 1958, un de ses collaborateurs lui avait soumis une liste des chefs de l’ALN accompagnée de commentaires. Pour Boumediène, il avait écrit : ”Obscur colonel qui ne semble pas voué à un grand avenir.” Le général avait rajouté : “Je pense exactement le contraire.”

En fait, l’homme du 18 juin 1940 avait compris les motivations de celui qui allait devenir l’homme du 19 juin 1965 ! Dès 1967, il lui avait adressé une invitation pour une visite de travail à Paris. Boumediène l’avait déclinée car il voulait une visite d’Etat, avec cortège sur les Champs-Elysées et dépôt de gerbe à l’Arc de triomphe de l’Etoile. Un tel cérémonial était alors prématuré compte tenu des blessures non encore cicatrisées. Georges Pompidou avait renouvelé l’offre, mais la tension provoquée par la nationalisation des hydrocarbures, en février 1971, entraîna l’ajournement du projet. Il renouvela l’invitation en 1973, mais mourut peu après.

Finalement, c’est Boumediène qui recevra, en avril 1975, le président Giscard d’Estaing. Toutefois, l’amitié qui liait ce dernier à Hassan II n’a pas permis à cette visite historique, la première d’un chef d’Etat français, d’atteindre les objectifs proposés par Boumediène dans son discours d’accueil. Bien que les relations entre Alger et Paris aient été jalonnées de crises, Boumediène leur accordait une grande importance. Certes, il a diversifié les liens avec les autres pays d’Europe et les Etats-Unis, mais il appréciait la politique arabe de De Gaulle et le rôle que la France pouvait jouer pour inciter la Communauté économique européenne (CEE) à être une troisième force entre les deux blocs américain et soviétique. Un diplomate français ayant suggéré de “banaliser les relations bilatérales”, Boumediène m’avait confirmé lui avoir répondu : ”On ne peut ignorer le poids de l’histoire. Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales !”

Au début de 1978, une solution avait été imaginée dans les chancelleries : Boumediène, invité au niveau européen, se rendrait en Allemagne, puis au siège de la CEE à Bruxelles et terminerait par la France. “C’est une combine diplomatique”, m’avait-il dit. “Soyons sérieux. Il est évident, qu’au nom de l’histoire, de la géopolitique et des relations humaines, culturelles et économiques qui nous lient à la France, si je fais une tournée européenne, c’est par Paris que je dois commencer !”

Le succès des visites du président Chirac à Alger et de l’Année de l’Algérie en France, en 2003, prouvent qu’il y a de part et d’autre le désir de “tourner la page sans pour autant la déchirer”, comme disait Boumediène. L’article 4 de la loi du 23 février est, à mon avis, une erreur et les nombreuses réactions négatives qu’il a suscitées en France le confirment. Je crois qu’en Algérie comme en France, il y a maintenant une majorité favorable au traité d’amitié entre nos deux pays, dès qu’auront été réglés les problèmes qui ont retardé sa signature.

Après l’ère des grands leaders et de l’hégémonie du nationalisme, c’est la question démocratique qui reste centrale dans le monde arabe. Pensez-vous aujourd’hui qu’un projet comme le Grand Moyen-Orient (GMO) soit une option jouable ?

En tant que spécialiste de la Méditerranée et du monde arabe, je suis hostile au GMO pour plusieurs raisons. D’abord, il recouvre une réalité hétérogène qui est l’aboutissement de cheminements historiques différents : les 22 pays de la Ligue des Etats arabes, 5 Etats non-arabes (Turquie, Israël, Iran, Afghanistan, Pakistan) soit un ensemble de plus de 600 millions d’habitants, 10% de la population mondiale et près de 4% de la richesse globale. En outre, sous prétexte de favoriser la démocratie, les Etats-Unis veulent, en réalité : assurer la liberté totale des capitaux, contrôler les marchés des ressources énergétiques et hydrologiques, empêcher l’émergence d’une puissance régionale autonome. Enfin, avec le GMO, Washington s’oppose au partenariat euro-méditerranéen qui, malgré ses lacunes, propose de meilleures solutions. En outre, on n’insiste pas suffisamment sur le rôle de la société civile des pays arabes qui contribue à faire évoluer les régimes en place vers plus de démocratie.

Une dernière question, si vous le permettez, concerne l’attribution de la médaille du mérite à la journaliste et écrivaine Oriana Fallaci par le Président italien, qui a nourri une certaine polémique née de l’étiquette d’islamophobe qu’elle s’est attirée suite à ses ouvrages La rage et l’orgueil et La force de la raison. Peut-on connaître votre sentiment ?

A mes yeux, cette décoration est un scandale. Dans ces deux livres, Oriana Fallaci veut faire croire que tous les musulmans – 1,5 milliard dans le monde – sont des Ben Laden et des talibans. En réalité, les islamistes sont une toute petite poignée et leurs discours ne me paraissent pas conformes à l’enseignement du Coran. C’est d’ailleurs ce que j’explique, notamment dans mon dernier livre, L’Islam (4).

Interview réalisée par Nabil Benali

1- Paul Balta, Claudine Rulleau, La politique arabe de la France, Sindbad, Paris, 1973.

2- Paul Balta, Les études arabes en France, I – Indifférence ou malveillance ? II – Les moyens d’un renouveau, Le Monde des 1, 2 et 3 avril 1973.

3- Paul Balta, Claudine Rulleau, La stratégie de Boumediène, Sindbad, Paris, juin 1978. Boumediène a lu ce livre avant que je rentre en France, en août, d’où j’ai été envoyé en Iran couvrir la révolution.

4- Paul Balta, L’Islam, Le Cavalier Bleu, collection “Idées reçues”, Paris, 2e édition 2005.

 

Relations algéro-françaises

Côté cour, côté jardin

« Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales. » En disant cela en 1974, feu le président Houari Boumediène avait bien résumé la nature des liens qu’entretiennent les deux pays depuis toujours. Tantôt houleuses, tantôt relativement apaisées, ces relations restent, la plupart du temps, passionnées.

En effet, que peut-on attendre d’une relation dont le premier contact a été établi sur le mode de la domination, une domination qui allait durer 130 ans ? Quand les Français débarquèrent sur le territoire algérien, en 1830, s’attendaient-ils à être reçus à bras ouverts ?

Certainement pas, mais ils étaient bien loin d’imaginer toute la résistance qui allait leur être opposée par le peuple algérien. A tel point qu’ils durent désagréablement faire face, pas toujours avec succès, à la résistance organisée par l’Emir Abdelkader et qu’ils n’ont pu réellement coloniser le pays qu’après une lutte qui a duré dix-sept années. D’autres résistances ont vu ensuite le jour, mais ont fini par être réprimées par l’armée française. Une armée plus nombreuse et avantageusement lotie.

L’indépendance est enfin là, à l’issue d’une guerre qui a duré presque huit ans et a fait un million et demi de martyrs.

Qu’attendre de ces deux pays qui se sont affrontés si durement pendant de longues années, quand la France a, de temps en temps, essayé de dominer le peuple algérien et de le réduire à néant et que ce dernier n’a pas cessé un moment de revendiquer son droit à une vie plus digne ?

Doit-on s’attendre à ce qu’ils établissent des liens d’amitié ou de coopération tout court ?

Les choses ne sont pas aussi simples que cela. En effet, quand l’Algérie a décidé de nationaliser ses ressources pétrolières, le Parti socialiste français a montré de l’intérêt pour l’Algérie, suivant de près la négociation franco-algérienne, mais sa position est restée plutôt ambiguë. Pour le PS, la politique de M. Pompidou se voulait aussi conciliante que celle du général De Gaulle. En procédant ainsi, les deux pays arriveront certainement à un compromis, mais aux dépens de qui ? s’interroge-t-on au sein du PS. C’est encore une fois un bras de fer entre l’Algérie et la France.

En 1972, le PS propose à l’Etat algérien « des conversations destinées à régler les contentieux existants sur la base d’une reconnaissance de leurs intérêts nationaux légitimes et à donner un nouvel essor à la coopération ». Même si depuis 1971 la coopération technique, les aides aux investissements, les avantages commerciaux, les aides financières… caractérisent les relations entre l’Algérie et la France, il faut croire que celles-ci sont loin d’être très chaleureuses. Les tentatives pour adoucir ces liens sont nombreuses et c’est ainsi qu’entre 1972 et 1980, le PS et le FLN établissent des liens. Avant cette date, il était question de rapport entre Etats.

L’Algérie est alors citée comme le régime le plus progressiste des pays arabes. Grâce aux deux fronts qu’elle mène : lutte contre le sous-développement et mise en œuvre dans la voie du socialisme. Notre pays se retrouve de fait dans le camp anti-impérialiste.

En 1977, le FLN assiste au congrès du Parti socialiste, tenu à Nantes. Les conditions nécessaires sont réunies pour que dans le projet socialiste, l’Algérie soit présentée comme « un partenaire de choix » et que les relations franco-algériennes soient « une des clés d’un dialogue euro-arabe ».

Toujours est-il qu’on remarque, durant la période qui s’étend entre 1972 et 1981, que les rapports politiques entre l’Algérie et la France sont en constante amélioration. Mais il n’était nullement question d’un rapprochement tout à fait réussi, l’Algérie restant intraitable sur tout ce qui touchait à sa politique intérieure et, d’une manière plus générale, à la question des droits politiques.

Des observateurs de cette époque tendent à affirmer que les relations entre la gauche française et le FLN sont l’initiative de la partie française, qui voyait en l’Algérie un Etat pétrolier arabe qui se proclamait progressiste et qui, de plus, était une source potentielle de revenus directs ou indirects. Il fallait à tout prix avoir de bons rapports avec ce pays pour s’assurer des approvisionnements en produits énergétiques.

Ce rapprochement politique n’était donc en aucun cas désintéressé. Et les relations seront toujours marquées par des hauts et des bas, jusqu’à l’arrivée au pouvoir, en 1999, du président Bouteflika. Depuis, un nouveau climat prévaut entre les deux pays. La visite d’Etat du Président algérien en France, en juin 2000, puis celle du président de la République française en Algérie, du 2 au 4 mars 2003, la première d’un président français depuis 1962, constituent des pas importants pour la création d’une relation nouvelle.

La « déclaration d’Alger » signée par les deux chefs d’Etat est aussitôt considérée comme la « feuille de route » pour la relance des relations bilatérales. Tous les domaines y sont abordés : approfondissement du dialogue politique ; soutien aux réformes ; renforcement de la présence économique française en Algérie ; amélioration des conditions de circulation des personnes.

La visite du président Chirac en Algérie, le 15 avril 2004, après la réélection de Bouteflika, et l’annonce de discussions sur un traité d’amitié renforcent la coopération sur les grands projets d’infrastructures. On annonce aussi la prochaine instauration d’un dialogue régulier, dont les axes essentiels sont l’intégration maghrébine, le partenariat euro-méditerranéen, le développement en Afrique, la sécurité en Méditerranée, les migrations, la démocratisation et les droits de l’homme.

Les relations commerciales ont connu une nette progression depuis 1999. La France est ainsi considérée comme le premier partenaire commercial de l’Algérie avec un flux croisé de 6,7 millions d’euros en 2003. Les investissements français en Algérie restent, par contre, modestes, même si ces quatre dernières années, on note des décisions d’implantation. C’est ainsi qu’on remarque le retour en Algérie des grands groupes français dans le secteur des détergents (Henkel France en partenariat avec l’entreprise publique ENAD), dans l’agroalimentaire (Castel, Danone, Bel) ou dans le secteur des transports (Michelin).

« L’aide-mémoire sur le partenariat pour la croissance et le développement » signé en juillet 2004 par le ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie et son homologue algérien, M. Benachenhou, prévoit, pour sa part, un ensemble de mesures de soutien à la présence économique française en Algérie, d’un volume cumulé de plus de deux milliards d’euros.

La coopération culturelle, scientifique et technique s’est traduite par la réouverture des centres culturels français, d’abord celui d’Alger en janvier 2000, puis ceux d’Annaba et d’Oran en mars 2002. L’ouverture des CCF de Constantine et de Tlemcen a eu lieu en 2005.

D’autres projets sont engagés, à savoir la création d’un haut conseil de coopération universitaire et de recherche et celle d’une école supérieure algérienne des affaires.

Mais quoi que ces deux pays fassent, ils sont aussitôt rattrapés par le passé. En effet, depuis que le Parlement français a adopté la loi du 23 février 2005 qui exige que les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, les relations entre l’Algérie et la France ont plutôt tiédi. Le traité d’amitié entre les deux pays, qui devait être signé au cours de cette année, ne semble pas vouloir aboutir.

Arrivera-t-on à trouver un compromis entre la condition sine qua non de Bouteflika pour que la France reconnaisse son passé colonial et cette loi du 23 février qui insiste sur la présence positive des Français en Algérie ? En mars 2005, un groupe de parlementaires, dont Philippe Douste-Blazy, ont déposé une proposition de loi dans laquelle il était écrit : « C’est en grande partie grâce à leur courage (‘eux’ ce sont, bien sûr, les Français) et leur goût d’entreprendre que le pays s’est développé. » Malgré tous les remous provoqués par cette loi, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Matteï, persiste à déclarer que les négociations en vue de la signature du traité d’amitié se poursuivaient. « Nous sommes confiants dans leur aboutissement, selon les délais prévus », a-t-il assuré.

Khadidja Mohamed Bouziane

lesdebats.com/les%20debats.htm

my.algeria.com/forums/history-histoire/11078-boumediene-est-il-mort.html

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