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19/11/2017

Liban : Mort sous la torture, le djihadiste saoudien Majed al-Majed aurait parlé


Par Gilles Munier

Majed al-Majed

L’arrestation du saoudien Majed al-Majed, chef des Brigades Abdallah Al-Azzam qui ont revendiqué le double attentat suicide contre l’ambassade d’Iran à Beyrouth le 19 novembre dernier (25 morts), avait été présentée comme un « coup de maître » des services secrets militaires libanais (1). Selon le quotidien Al-Akhbar (proche du Hezbollah), ce sont en fait les renseignements militaires américains – très actifs au Liban – qui leur ont signalé sa présence dans les montagnes de Hersal (près de la frontière avec la Syrie), au Liban et qu’il était en très mauvaise santé, puis son hospitalisation, le 24 décembre, à Beyrouth. Les services libanais ont fini par le découvrir alité à l’hôpital de Makassed de Beyrouth – sous un faux nom – et ont profité de ce qu’il était sous sédatif pour le prendre en photo et vérifier son identité. « Un plan a été élaboré pour son arrestation. Le 26 décembre, le médecin traitant a estimé que le patient pouvait quitter l’hôpital ». Majed al-Majed a demandé de retourner à Hersal. L’ambulance mise à sa disposition a été interceptée un peu plus loin par les SR libanais (1).

 

Selon le quotidien libanais as-Safir, Majed al-Majed était en liaison directe avec le prince Bandar Ben Sultan, chef des services de renseignements saoudiens (2). Il serait mort le 4 janvier avant d’avoir pu être interrogé… ce que dément le quotidien Le Figaro qui affirme qu’« avant de mourir, il aurait livré de précieuses informations sur ses commanditaires étrangers et les filières financières qui permettaient à son groupe de financer ses attentats » et qui ajoute que le chef des Brigades Abdallah al-Azzam est entré au Liban via la Jordanie et l’aéroport de Beyrouth (3). La photo de son visage tuméfié publié sur le site d’Al-Manar ne laisse aucun doute sur les méthodes employées par les services libanais – et sans doute occidentaux – pour le faire parler (4). Saura-t-on un jour ce qu’il a révélé ?

 

(1) L’Orient-Le Jour  (3/1/14)

http://www.lorientlejour.com/article/849008/larrestation-du-saoudien-maged-al-maged-un-coup-de-maitre-des-renseignements-militaires.html 

(2) Al Akhbar, cité par Médiarama  (3/1/14)

http://mediaramalb.files.wordpress.com/2014/01/mediarama-493.pdf

(2) Afrique Asie (5/1/14)

http://www.afrique-asie.fr/qui-sommes-nous-/75-a-la-une/6942-terrorisme-pourquoi-les-autorites-libanaises-avaient-laisse-mourir-le-terroriste-saoudien-majed-al-majed.html

(3) Du Liban à l’Irak, al-Qaida à l’offensive, par Georges Malbrunot (Le Figaro – 5/1/14)

http://www.lefigaro.fr/international/2014/01/05/01003-20140105ARTFIG00173-du-liban-a-l-irak-al-qaida-a-l-offensive.php

(4) Mort de Majed al-Majed : l’Iran saisira-t-il le conseil de sécurité ? (Al-Manar  – 7/1/14)

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=148806&frid=86&seccatid=28&cid=86&fromval=1

 

Analyse de l’Institut américain du renseignement Stratfor  (Médiarama – 7/1/14)*

 

La mort mystérieuse d’un chef jihadiste saoudien à Beyrouth (Majed al-Majed, ndlr) soulève des questions au sujet des réseaux de plus en plus compliqués de Riyad dans la région. L’Iran et l’Arabie saoudite sont enfermés dans une lutte d’influence au Levant, et des groupes comme les Brigades Abdallah Azzam sont pressés d’exploiter cette dynamique. Cependant, la stratégie de l’Arabie saoudite de soutenir sélectivement les jihadistes dans cette zone de combat aura un prix.

 

Majed al-Majed était particulièrement connu pour ses capacités à restructurer les jihadistes en sous-unités décentralisées et pour la mise en place de réseaux régionaux. Alors que la guerre civile syrienne s’est intensifiée au cours des deux dernières années, il a transporté ses activités en dehors du camp d’Aïn el-Héloué, avant de déménager en Syrie, en 2012, où il a travaillé avec le Front al-Nosra. Aïn el-Héloué est un terrain de recrutement actif pour les militants sunnites et les agences régionales de renseignement. L’Arabie saoudite, en particulier, garde un œil sur les groupes en dehors des camps palestiniens du Liban. La dernière revendication majeure des Brigades Abdallah Azzam était le double attentat suicide du 19 novembre contre l’ambassade d’Iran dans la banlieue sud de Beyrouth. Un signal clair que les jihadistes opérant au Liban sont prêts à intensifier leur campagne sectaire contre le Hezbollah, soutenu par l’Iran. Peu de temps après l’attaque, al-Majed, qui souffrait d’insuffisance rénale, est retourné au Liban et se sentait visiblement suffisamment en sécurité pour subir une dialyse dans un hôpital de Beyrouth, avant de retourner dans la vallée de la Bekaa. En route, les renseignements de l’Armée libanaise l’ont cueilli et son arrestation a été officiellement annoncée le 1er janvier.

 

L’affaire al-Majed a rapidement tourné en un bras de fer entre l’Iran et l’Arabie saoudite, avec un Liban impuissant juste au milieu. L’Arabie saoudite a réclamé son extradition, vu qu’il est un ressortissant saoudien recherché par les autorités de son pays. Mais l’Iran, après avoir été la cible de son groupe quelques semaines plus tôt, a assuré qu’il avait le droit de l’interroger en premier. Riyad a refusé la demande de l’Iran, mais Téhéran a quand même envoyé une délégation au Liban pour l’interroger. Les responsables libanais ont essayé d’éviter de prendre  parti pour l’un des deux pays, affirmant que Majed était trop malade pour être entendu. Le 4 janvier, sa mort a été annoncée à l’hôpital de Beyrouth, où il était traité.

 

Al-Majed était malade, mais les circonstances de sa mort sont très suspectes. L’Iran a déjà exprimé ses soupçons que l’Arabie saoudite a joué un rôle dans sa mort. Stratfor a également reçu des indications avant son décès selon lesquelles les autorités libanaises étaient sous pression pour lui refuser un traitement médical afin que le problème soit, pour ainsi dire, réglé de lui-même. La question qui s’impose est celle de savoir pourquoi al-Majed était-il tellement dangereux pour rester en vie. L’Arabie saoudite parraine un réseau élaboré de militants sunnites qui sont particulièrement actifs en ce moment au Levant, en particulier en Syrie et au Liban, où l’Iran et l’Arabie sont engagés dans une intense bataille par procuration. Le soutien des Saoudiens aux factions militantes peut varier d’une aide financière directe, aux armes et aux combattants, ou en fermant simplement les yeux sur des activités qui servent des intérêts sectaires plus larges. On ne sait pas quel est le niveau du soutien que le groupe d’al-Majed pourrait avoir reçu de Riyad, mais il est clair que les Saoudiens souhaitaient le faire taire.

 

Le problème historique avec la stratégie de l’Arabie saoudite est que la plupart des factions jihadistes qui gagnent du terrain dans la région sont tout aussi capables de se retourner contre la Maison des Saoud, une fois que le champ de bataille actuel perd de son attrait. La politique saoudienne dans la région est donc pleine de contradictions.

 

*http://gallery.mailchimp.com/fdeacba4fa4c5ec4d8ce5787c/files/Mediarama_496.pdf 

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