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16/01/2018

Algérie : Le PCF, agent de l’impérialisme français – Par Jean Cuny


.PCF_primaires_s[1]Comme à l’accoutumée, le PCF – mélange de marxistes rances raseurs de foyers Sonacotra et de bobos nourris au lait du colonial-socialisme – s’efforce de réécrire l’Histoire afin de s’y donner le beau rôle. Il a, donc, récemment, tenté de se refaire une virginité quant à son rôle lors de la Guerre d’Indépendance algérienne. Vaste monument de faux, de faits et de fables ; car, à propos des massacres de Sétif, le 5 mars, l’Humanité écrivait :

« C’est la première fois, en tout cas à notre connaissance, qu’un représentant officiel des autorités françaises reconnaît le massacre de Sétif et emploie le qualificatif d’inexcusable qui désigne sans ambiguïté la France.

« (…) L’entêtement des gouvernements français, notamment celui de Guy Mollet qui, en 1956, s’était fait élire pour faire la paix, à s’enfoncer dans la guerre aura été vraiment meurtrier.

« La question posée est maintenant de savoir jusqu’où ira la reconnaissance du crime de Sétif et, forcément, des crimes qui suivirent, à commencer par celui de la torture sur lequel les autorités ont été interpellées, par l’Appel des Douze, en octobre 2000.

« (…) L’amitié franco-algérienne répond au vœu de beaucoup d’Algériens, qui n’ont jamais entretenu de haine pour un pays qui, pourtant, leur a fait tant de mal, celui de l’extrême violence qui a présidé à la naissance de leur nation et qu’ils auront payée cher, comme de beaucoup de Français, qui ont souffert d’avoir été mêlés, et leur pays avec eux, à cette sale guerre qui n’osait même pas dire son nom. L’amitié ne peut se sceller durablement que dans la vérité dite sur les épreuves qui l’ont entravée. Cela ne viendra pas tout seul ».

Force est de dire le quotidien du PCF a bien raison de dire que la vérité ne viendra pas toute seule, mais nous ajouterons qu’à coup sûr elle ne viendra pas de lui. S’il admet – implicitement ! – qu’aucun représentant officiel des autorités françaises n’a reconnu le crime de Sétif pendant les nombreuses années où la gauche était au gouvernement, il « oublie »(sic) en effet de rappeler à ses lecteurs que le PCF était au gouvernement (présidé par de Gaulle) avec son compère socialiste lorsque le crime a été commis et qu’il n’a alors ni quitté ce gouvernement ni protesté contre ce crime ! Tout au contraire, le parti (dit) des travailleurs approuvait bruyamment et cyniquement la répression.

Petit retour en arrière, svp !

Relatant les événements de Sétif, L’Humanité écrivait, ainsi, le 11 mai 1945, sous le titre évocateur de : À Sétif attentat fasciste le jour de la victoire :

« Des éléments troubles d’inspiration hitlérienne se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation hitlérienne. La police aidée de l’armée, maintient l’ordre». Le même jour le conseil des ministres approuvait sans discussion les instructions du ministre de l’Intérieur sur le maintien de l’ordre en Algérie ».

Le 12 mai le Comité central du PCF votait une résolution sur la révolte du Constantinois qui exigeait : « Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute ». Le 13 mai L’Humanité affirmait qu’il y avait « parmi les musulmans, des hitlériens ». Le 19 mai la même presse communiste systémique en rajoutait une couche affirmant que « Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le méritent les tueurs hitlériens ayant participé aux événements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essayé de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France ». (sic ). Bonjour le prurit colonial : les Algériens n’ont pas droit au qualificatif de peuple, réservés aux Français…

Le 31 mai, L’Humanité se félicitait de l’arrestation de dirigeants nationalistes algériens aussi modérés que Ferhat Abbas (dirigeant des Amis du Manifeste un groupe de notables bourgeois, hostile en réalité à l’indépendance, mais que les colons ne supportaient pas) :

« Il est bien que des mesures soient prises contre les dirigeants de cette association pseudo-nationaliste dont les membres ont participé aux tragiques incidents de Sétif ». Le 11 juillet le député Etienne Fajon parlant au nom du PCF, déclarait à l’Assemblée nationale que « Les tueries de Guelma et de Sétif sont la manifestation d’un complot fasciste qui a trouvé des agents dans les milieux nationalistes ».

La CGT, dont la direction était majoritairement entre les mains du PCF (avec aussi des dirigeants socialistes) se félicitait le 9 juin que les organisations syndicales d’Algérie aient pu « empêcher que le mouvement ne s’étende à d’autres régions » et elle accusait le PPA, « appendice du PPF de Doriot », et « les pseudo-nationalistes des Amis du Manifeste et leurs émeutiers et tueurs professionnels » d’avoir mis en œuvre « un complot longuement préparé contre la France et les populations algériennes ».

En Algérie même, le Parti Communiste algérien (PCA) n’avait pas hésité une seconde : pour lui, « il n’y a pas de révolte arabe, mais un complot fasciste ».

Son quotidien Alger Républicain relatait le 12 mai qu’une délégation du PCF et du PCA avait été reçue par le chef de cabinet du gouverneur général (le représentant suprême de l’État en Algérie) : elle « s’est entretenue des provocations des agents hitlériens du Parti du peuple algérien et d’autres agents camouflés dans des organisations qui se prétendent démocratiques. Cette coalition criminelle, après avoir vainement tenté de faire éclater des émeutes de la faim, a réussi à faire couler le sang ». Elle réclamait donc « le châtiment rapide et impitoyable des provocateurs ».

Les militants du PCA s’étaient rangés dans l’union sacrée contre la révolte. Selon Le Monde du 8 juillet 45 « Les Français, chaque fois qu’ils le purent se réunirent et firent bloc; à Guelma par exemple, le sous-préfet réussit à grouper et à armer tous les Français, des communistes à la droite, et tous, dans un même élan, n’eurent qu’un but, s’entraider et se défendre en attendant l’armée ».

Une milice y fut mise sur pied qui comprenait des responsables du PCA et de la CGT. Bien qu’il n’y ait eu aucune attaque commise par les Algériens, cette milice, courageusement après l’arrivée de l’armée, se livra à des tueries : 500 à 700 « musulmans » furent ainsi massacrés dans le même élan par les miliciens et les soldats.

S’il s’agit là sans doute d’un cas extrême, il permet cependant de saisir le sens exact de la déclaration du PCF félicitant le PCA pour « la justesse de sa ligne politique » : « Les provocations ont pu être déjouées partout où le Parti communiste algérien possède des organisations puissantes et influentes par mi les masses ». In L’Humanité, du 18 mai 45.

Le 28 juin le secrétaire général du PCA, « très applaudi » selon L’Humanité du 30 juin, expliquait devant le Xe Congrès du PCF « les causes et les méthodes du complot fasciste en Afrique du Nord qui a abouti à la provocation de Sétif ». Il concluait « en soulignant que le peuple algérien a les mêmes ennemis que le peuple français et ne veut pas se séparer de la France. Ceux qui réclament l’indépendance de la France, explique-t-il, sont des agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme. « Nous ne voulons pas changer un cheval borgne pour un aveugle », s’écrie-t-il, aux applaudissements du Congrès ».

Serviteur fidèle de l’impérialisme dans la boucherie de la guerre mondiale, le PCF ne pouvait qu’être l’agent tout aussi fidèle et conscient de l’impérialisme français dans la défense ou la reconquête de ses possessions coloniales, avec ce que cela impliquait nécessairement de répression et de violence. D’ailleurs en même temps que se déroulaient la révolte et la répression dans le Constantinois, les ministres du PCF approuvaient le bombardement et la tentative de reconquête de Damas, comme quelque temps plus tard ils approuvaient l’envoi de l’armée en Indochine et l’effroyable répression de la révolte à Madagascar qui fit des dizaines de milliers de morts (le PCF ne protesta que contre l’arrestation des députés malgaches, mais sans rompre la solidarité gouvernementale).

S’agissant de l’Algérie, il faut aussi rappeler que revenu dans l’opposition le PCF, tout en abandonnant ses positions les plus caricaturalement colonialistes qui devenaient intenables, se refusa obstinément à reconnaître le droit à l’indépendance de l’Algérie et s’efforça d’empêcher toute action prolétarienne contre la guerre et toute solidarité avec la lutte anticoloniale.

Si, comme y fait allusion L’Humanité, le gouvernement du socialiste Guy Mollet, formé après la victoire du Front républicain (alliance électorale dont faisait partie le PCF en même temps que les socialistes et les radicaux), intensifia la Guerre d’Algérie à partir du 15 mars 1956, il ne put le faire que parce que le PCF lui avait voté le 12 « les pouvoirs spéciaux », c’est-à-dire une sorte d’état d’urgence qui permettait de s’affranchir des méthodes parlementaires classiques. Le PCF eut beau dire qu’il condamnait les mesures militaires du gouvernement, il s’abstenait le 5 juin lors du vote de confiance demandé par le gouvernement pour « ne pas se couper de socialistes [en dressant] entre eux et nous la barrière d’un vote hostile » (M. Thorez, Réunion du groupe communiste au Palais Bourbon, juin 1956). Il lui fallut attendre le 29 juillet pour se résoudre à voter contre les crédits de guerre.

Mais son opposition verbale aux « mesures de force » ne l’empêcha pas de se faire dans les faits l’auxiliaire du gouvernement en faisant la police dans les rangs ouvriers (dénonciation par L’Humanité du 4 juillet 1956 comme « vulgaire provocateur » « de tout individu qui préconiserait des actes allant à l’encontre de la politique de masse du PCF ») et en isolant les prolétaires algériens de leurs camarades français.

Il s’employa à étouffer les réactions spontanées et parfois violentes contre le rappel des réservistes et combattit sous des prétextes fallacieux toutes les contestations du service militaire.

Par exemple, le 8 octobre 1957 lorsque 600 rappelés refusaient de quitter une caserne de Rouen pour aller en Algérie, c’est le maire PCF de Petit Quevilly qui se chargea d’haranguer les soldats et d’obtenir qu’ils acceptent de partir. Et à 2 heures du matin, en dépit d’affrontements entre CRS et ouvriers des usines d’alentour, les camions militaires emportaient les réservistes.

Une autre démonstration pratique de la constante orientation chauvine, social-impérialiste, du PCF peut être trouvée dans son attitude face au massacre de centaines d’Algériens à Paris en octobre 1961 : L’Humanité ferma ses grilles pour empêcher les manifestants algériens poursuivis par la police de trouver refuge dans son bâtiment… Mais fallait-il s’attendre à autre chose de l’organe qui, à peine les Hitlériens installés à Paris se précipita pour leur demander l’autorisation de reparaître ?…

Jean Cuny

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