Aller à…

La Voix Des Opprimés

Le journal des incorruptibles

RSS Feed

25/05/2019

Rapprocher les cultures


Rapprocher les cultures

 
  Appel à la prière : l’acceptation mutuelle – surtout en ce qui concerne les Juifs – était, jusqu’à la naissance d’Israël, beaucoup plus répandue dans les pays de l’Islam que dans la chrétienté. ( © Reuters)
Francis Ghilès s’intéresse aux relations entre le monde arabe et l’Occident. Il examine la manière dont l’OTAN pourrait améliorer son image auprès des Arabes.

En 1603, le sultan du Maroc Ahmad al-Mansur proposa à son alliée la reine Elisabeth Ire que l’Angleterre aide les Maures à coloniser les Amériques. Le sultan suggérait l’attaque conjointe – par des troupes marocaines et anglaises utilisant des navires anglais – des colonies espagnoles des Amériques, l’expulsion de leurs ennemis espagnols détestés, puis la prise de possessions des terres et leur maintien « perpétuel sous notre domination (conjointe) ». Il y avait toutefois anguille sous roche. Ne serait-il pas plus raisonnable, expliquait le sultan, que la plupart des futurs colons fussent marocains plutôt qu’anglais ? A ses yeux, les sujets d’Elisabeth l éprouveraient sans doute bien des difficultés à endurer l’extrême chaleur de ces régions, alors que ses hommes y étaient habitués.

Après mûre réflexion, l’offre marocaine fut déclinée. Une telle proposition pourrait sembler extraordinaire aujourd’hui, mais à l’époque, elle était parfaitement envisageable. Après tout, les Anglais étaient de proches alliés des Marocains et des Ottomans. Le pape ne considérait-il pas Elisabeth comme « une complice des Turcs » ? Les Anglais pouvaient éprouver des réserves face à l’Islam, mais elles n’étaient rien par rapport à leur crainte du « papisme ».

Lorsque qu’un certain capitaine Hamilton fut envoyé par Charles II racheter des Anglais réduits en esclavage sur les côtes de Barbarie, sa mission fut un échec, car ils refusèrent de rentrer avec lui ; ces hommes s’étaient tous convertis à l’islam et vivaient dans des conditions qu’ils n’auraient jamais pu connaître en Angleterre. « Ils sont tentés de renier leur Dieu pour l’amour de femmes turques », écrivait Hamilton dans son rapport. Et il ajoutait : « Ces dames sont en général très belles. »

Une excellente raison justifie l’évocation de telles anecdotes, car elles montrent que – tout au long de l’histoire – Musulmans et Chrétiens ont commercé, étudié, négocié et aimé entre eux en dépit de la barrière des religions. Etudiez les relations entre les deux civilisations à n’importe quelle époque de l’histoire et vous constaterez que les frontières bien tranchées qui les délimitent, imaginées par des écrivains tels que Samuel Huntington, ne sont guère fondées. Il est vrai que, si certains courants de la pensée chrétienne ont toujours été résolument hostiles à l’islam, certaines écoles au sein de l’islam ont toujours montré une franche hostilité à l’encontre des Chrétiens, des Juifs et des autres religions non islamiques, notamment les écoles wahhabite et salafiste aujourd’hui prépondérantes en Arabie saoudite.

Jusqu’il y a environ une génération, les wahhabites ne constituaient qu’un mouvement théologique d’importance locale et étaient largement considérés par la plupart des Musulmans comme une secte confinant à l’infidélité – kufr. C’est la richesse en pétrole de l’Arabie saoudite qui permet – depuis le milieu des années 1970 – aux wahhabites de disséminer leur vision bornée et intolérante de l’islam, notamment grâce au financement des madrasahs (écoles religieuses) extrémistes, à des livres et à des cassettes, avec les effets désastreux que l’on constate aujourd’hui.

Le monde islamique dans son ensemble et surtout les pays du pourtour méridional de la Méditerranée n’ont jamais partagé de telles croyances, pas plus que l’écrasante majorité des Musulmans qui sont devenus des citoyens des pays européens. Si l’Europe – et plus généralement l’Occident – veulent comprendre ces gens, il leur faut faire preuve d’une plus grande empathie que cela n’est le cas depuis quelque temps. L’empathie ne signifie nullement accepter tout ce en quoi les Musulmans croient, ni tous les actes qu’ils accomplissent. Elle exige toutefois un effort constant en vue de comprendre pourquoi cette communauté religieuse se considère comme blessée, pourquoi tant de ses membres se sentent humiliés et, surtout, pourquoi tant d’Arabes et de Berbères cherchent désespérément à se joindre à la liberté et à l’abondance qui caractérisent l’Amérique et l’Europe.

Il convient toutefois de ne pas oublier que les idéologies de tous les mouvements « progressistes » de l’Europe médiévale et du début des temps modernes, y compris celle à l’origine de l’Amérique anglophone, s’exprimaient en termes religieux. Ceci étant, cela ne signifie pas que le renouveau du fondamentalisme musulman aura des conséquences similaires. Ce qui ne fait aucun doute aujourd’hui, c’est que l’islam demeure plus proche d’un système universel affectant toutes les formes de l’humanité que ce n’est le cas du christianisme et du judaïsme depuis de nombreux siècles. Tout(e) Occidental(e) éclairé(e) peut décider de croire ou non, d’accepter ou de rejeter son héritage religieux. L’islam ne comprend ni n’octroie cette possibilité, pas plus que la chrétienté ne le faisait à l’époque où elle mettait, elle aussi, à mort les hérétiques, les athées et les blasphémateurs. La tradition occidentale de scepticisme possède sa propre valeur centrale, qui consiste à examiner et, si nécessaire, à (re)mettre en question toutes les valeurs existantes. Ces vastes généralisations ne parviennent toutefois pas à traduire la complexité de l’Occident et du Moyen-Orient. En Israël, les Juifs conservateurs mènent une vie similaire à celle de nombreux Musulmans dévots. Au Moyen-Orient et en Europe, de nombreux Musulmans – qu’ils soient ou non mariés à d’autres Musulmans – mènent une existence exactement identique à celle de leurs homologues non musulmans.

L’acceptation mutuelle

Cette acceptation mutuelle – surtout en ce qui concerne les Juifs – a, jusqu’à la naissance d’Israël, été beaucoup plus évidente dans les pays de l’islam que dans la chrétienté. Quelles qu’aient pu être les restrictions imposées aux Juifs dans les pays islamiques, ils ne furent jamais traités aussi cruellement que lors de leur expulsion de l’Angleterre et de France, au XIIIè siècle, aussi abominablement que lorsqu’ils furent chassés d’Espagne après la prise de Grenade, en 1492, par les rois catholiques, aussi durement que pendant l’antisémitisme et les pogromes très communs à l’époque de la Russie impériale et de l’Union soviétique, ni avec une telle inhumanité que lors de l’Holocauste. Dans les pays de l’islam, ils ont pu être, à l’instar de leurs frères chrétiens, des citoyens de deuxième classe, mais Jésus – Aïssa – est un prophète pour l’islam et il n’existe aucun parallèle dans cette religion avec les anciens enseignements antisémites de l’Eglise catholique. Trop d’observateurs du conflit israélo-palestinien, surtout parmi les Juifs, ne reconnaissent pas ce fait historique.

L’islam n’a pas toujours été et n’est pas toujours tolérant, mais, confrontés jusque très récemment au refus d’Israël de simplement reconnaître l’existence du peuple palestinien, de nombreux Arabes ont focalisé leur rage sur les pays occidentaux plus encore que sur Israël. A la différence de leurs parents, les jeunes Arabes d’aujourd’hui n’ont aucune expérience de la vie avec des voisins juifs. Ils sont donc les proies idéales de la propagande des Etats et des dirigeants qui se dissimulent derrière le conflit israélo-palestinien pour refuser à leurs peuples des libertés essentielles. La conviction partagée par les Arabes que Washington se trouve fermement du côté d’Israël explique une grande partie de l’intense hostilité envers les États-Unis, partagée même par les Arabes les mieux éduqués et les plus modernes. Les Européens sont considérés différemment, parce que – depuis un quart de siècle – un nombre croissant d’entre eux en est venu à penser que l’existence du peuple palestinien ne peut tout simplement pas être ignorée. Elle doit plutôt être reconnue et accueillie pour qu’un espoir de paix durable soit possible.

Il convient, en outre, de se souvenir d’autre chose. L’une des causes principales de l’attitude de plus en plus radicale d’une fraction de la société palestinienne réside dans les conditions de la vie quotidienne. L’Etat d’Israël domine en termes économiques, politiques, militaires et symboliques. Tout rappelle à la société palestinienne son infériorité. Les sociétés subalternes de l’époque de l’impérialisme européen reconnaissaient la supériorité de leurs colonisateurs, mais la neutralisaient symboliquement en renforçant leurs liens communautaires et en maintenant une distance physique avec leurs colonisateurs. La cohésion sociale européenne d’une part et la solide identité culturelle des colonisés de l’autre permettaient au ressentiment d’être, dans une certaine mesure absorbé, par les structures communautaires.

Ces éléments qui garantissaient jadis la stabilité de la vie coloniale n’existent plus. Les liens communautaires ont perdu leur force et le processus d’individualisation affaiblit encore l’armature collective. La ségrégation spatiale s’est détériorée et la télévision permet aux images de librement circuler au travers des cultures et des frontières géographiques. L’individualisme moderne implique que la soumission à la supériorité israélienne n’est plus possible, alors que c’était le cas lorsqu’une mentalité coloniale convainquait les colonisés que leurs dirigeants étaient leurs supérieurs et devenait le support psychologique légitimant le colonialisme.

Tant les Israéliens que les Palestiniens sont totalement gagnés par la modernité et, à ce niveau, leur mentalité est celle de l’égalitarisme moderne, même si des racistes dans les deux camps prétendent être en mesure de prouver la supériorité de leur propre groupe. En bref, l’on peut dire qu’ils vivent dans un monde imprégné d’égalitarisme moderne, au sein duquel les relations sociales entre les deux camps sont régies par un modèle néo-colonial. Ce qui est vrai ici l’est, dans une moindre mesure, pour de nombreux aspects des relations du monde arabe avec l’Occident.

L’héritage colonial

Il convient toutefois de revenir aux deux derniers siècles afin de comprendre pourquoi, pour de nombreuses personnes des pays du pourtour méridional de la Méditerranée, la crainte d’une domination militaire de l’Amérique et de l’Europe demeure primordiale. Le fait que des élites dirigeantes et souvent corrompues de pays arabes misent souvent sur de telles peurs pour servir leurs propres buts égoïstes n’atténue en rien les véritables craintes qui existent parmi les gens ordinaires. La domination coloniale a souvent été brutale. Entre les deux Guerres mondiales, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie ont lancé des offensives chimiques contre leurs ennemis en Afghanistan, en Iraq, en Afrique du Nord et en Abyssinie. La France a fait de même en Algérie à la fin des années 1950. Les détails de la plupart de ces guerres ont été tenus secrets durant des décennies et, dans bien des cas, les documents officiels qui les concernent n’ont toujours pas été rendus publics.

En Europe, les politiciens et les chefs militaires étaient parfaitement conscients des effets éminemment mortels de ces produits chimiques, tels le gaz moutarde. Sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, ce gaz avait provoqué la mort et d’horribles blessures chez les soldats avant qu’ils ne portent des vêtements protecteurs. Le gaz moutarde a néanmoins été utilisé dans les régions sous domination coloniale et ses victimes ont souvent été des vieillards, des femmes et des enfants, car ils constituaient des cibles plus faciles et ne disposaient d’aucun moyen de se protéger. Les nouvelles normes que les Européens souhaitaient appliquer à la guerre n’ont pas englobé les actions militaires contre leurs ennemis coloniaux. Les indigènes qui rejetaient les avantages d’une civilisation supérieure devaient recevoir une dure leçon, pour leur propre bien. Secrétaire aux Colonies en 1919, Winston Churchill faisait part de son impatience face aux réticences de la Royal Air Force de larguer des bombes au gaz moutarde. « Je ne comprends pas la pruderie que l’on manifeste envers l’utilisation du gaz », écrivait-il. « Je suis profondément favorable à l’utilisation de gaz-poison à l’encontre de tribus barbares. »

Il est un fait que les armées européennes n’ont pas été les seules à recourir à des armes chimiques dans cette partie du monde. Alors qu’il était encore prince héritier, le roi Hassan II du Maroc a fait preuve d’une même absence de « pruderie » que Winston Churchill. Après l’indépendance de 1957, il a fait bombarder au napalm les tribus insoumises du Nord du Maroc, de même que les Sahraouis fuyant l’avance de l’armée marocaine dans l’ex-colonie espagnole du Sahara occidental au cours de l’hiver 1974-5. L’armée algérienne a également utilisé le napalm, au milieu des années 1990, pour débusquer des groupes islamiques radicaux de leurs cachettes dans le désert. On possède davantage de détails sur l’utilisation du napalm par Saddam Hussein contre les soldats iraniens et les Kurdes. Naturellement, aucune de ces atrocités ne prouve quoi que ce soit sur la chrétienté ou l’islam, étant donné qu’aucune de ces deux religions n’admet de tels actes.

Parallèlement, qui se soucie encore du rôle joué par les troupes indigènes algériennes et marocaines pour soutenir les Alliés pendant les deux Guerres mondiales ? Pour le soixantième anniversaire, l’année passée, de la prise de Monte Cassino, au sud de Rome, un hommage a été rendu à la contribution des troupes polonaises. L’Algérie et le Maroc n’ont, par contre, pas été invités à participer aux cérémonies du souvenir. Les autocrates arabes sont loin d’être les seuls dirigeants qui pratiquent une mémoire sélective. Les dirigeants démocratiques occidentaux pratiquent très bien ce jeu. C’est également le cas en matière d’armes chimiques. Les dirigeants arabes n’ont, sans doute, pas protesté lorsque Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques contre les Iraniens puis contre les Kurdes, mais qui l’a fait parmi les dirigeants occidentaux ? Tout espoir de convaincre l’Arabe de la rue que l’Occident est sincère dans son désir de dialogue, tout espoir de persuader les Arabes ordinaires que l’OTAN ne sera pas tournée contre eux à l’avenir impliquent l’aveu de nos actions passées. La tromperie est peut-être une pratique courante pour les dirigeants arabes. Mais les dirigeants européens ne font pas toujours mieux. Les événements entourant la campagne en Iraq ont convaincu de nombreux Européens – sans parler des Arabes – que la tromperie est devenue une caractéristique intrinsèque des gouvernements de leurs propres démocraties de longue date.

Le désespoir arabe

Depuis une cinquantaine d’années, un nombre toujours croissant d’Arabes commence à désespérer de l’avenir face à la longue liste de revers constatés. Ceux-ci incluent la création d’Israël, les défaites militaires successives infligées par le nouvel Etat, l’échec du nationalisme arabe et, plus récemment, celui des réformes économiques destinées à fournir de plus hauts taux de croissance et davantage d’emplois, sans oublier les guerres civiles en Algérie et au Liban, ainsi que l’actuelle situation en Iraq. De nombreux Arabes jeunes et éduqués – ceux qui osent – fuient vers l’Amérique et l’Europe. Ceux qui restent sur place se sentent pris au piège, d’autant que les strictes exigences en matière de visa rendent extrêmement difficile tout voyage en Europe. Ils deviennent schizophrènes en regardant, le soir, les chaînes satellites arabes et occidentales, puis en étant confrontés à la triste réalité de leurs villes chaque matin. Ils habitent des villes où la liberté sexuelle, le droit de parole, les chances d’obtenir un travail ou un logement décent sont, au mieux, relatives ; des villes où les chaînes de télévision d’Etat offrent la version locale – selon un modèle soviétique – des nouvelles, où la richesse et le pouvoir se trouvent trop souvent concentrés dans les mains de quelques-uns, où les élections constituent généralement des alibis destinés à plaire aux dirigeants occidentaux et aux journalistes occidentaux désireux d’être abusés.

Investir dans le dialogue portera des fruits, mais cela ne sera pas le cas si nous limitons ces contacts aux élites qui, trop souvent, ne sont pas représentatives des sociétés complexes qu’elles dirigent.

Or personne dans le Sud n’est abusé. Lorsque les gouvernements arabes font valoir qu’ils se retrouvent coincés dans un combat existentiel contre des mouvements radicaux d’inspiration religieuse au sein de leurs frontières, ils ne convainquent guère de monde. Ce que les citoyens voient, ce sont des gouvernements qui évoquent le radicalisme de la minorité religieuse pour délégitimer l’opposition politique religieuse assimilée à une frange radicale. Bien trop souvent, l’Occident sous-estime la sophistication, l’intelligence des gens ordinaires, qui peuvent être pauvres et illettrés, mais qui ne sont pas stupides. La liberté – qu’elle soit économique, sexuelle ou politique – est inaccessible pour la plupart des gens. Or, tous les Arabes et en particulier les plus jeunes, qui représentent plus de la moitié de la population, y aspirent. De nombreux Arabes comprennent que le combat contre le terrorisme est devenu un mantra, que l’on est pris au piège par un mot. Cela convient à certains dirigeants occidentaux. Cela peut également convenir aux dirigeants arabes. Mais l’excuse de la guerre totale au terrorisme est dénuée de sens, et pas seulement pour les Arabes.

Contrairement à ce que beaucoup de gens en Occident peuvent être amenés à croire, l’écrasante majorité des musulmans qui vivent sur le pourtour méridional de la Méditerranée aspire à la même chose que les Américains et les Européens. Ils sont indignés d’être, comme ils le perçoivent, catalogués comme « terroristes » ; ils rejettent la manière dont l’islam est bien trop souvent présenté par les médias européens – comme arriéré et violent dans le style soviétique ; ils méprisent l’hypocrisie des dirigeants occidentaux qui complimentent leurs maîtres souvent autocrates pour la tenue d’élections équitables dont le résultat est habituellement connu d’avance ; ils considèrent avec stupéfaction les diplomates américains à Bagdad tenir de beaux discours aux Iraquiens sur la nécessité de séparer la religion de l’Etat, alors que le président des États-Unis invoque des valeurs chrétiennes pour sous-tendre sa politique. Ces facteurs contribuent à expliquer pourquoi de nombreuses personnes déclarent qu’Oussama Ben Laden est leur héros. Cela ne signifie pas qu’ils le suivent. Ils sont simplement contents de l’humiliation de ce qu’ils perçoivent comme une Amérique arrogante, qui dirige le monde, se considère comme la source de toute civilisation et ne peut s’empêcher de faire la leçon aux indigènes.

Expliquer l’OTAN

Etant donné que nombreux sont ceux qui aujourd’hui, en Europe occidentale, continuent à assimiler l’OTAN aux États-Unis, en particulier en France, où la tradition d’anti-américanisme est vivace, l’ampleur de la tâche qui consiste à contrecarrer les perceptions négatives est énorme. Il convient également de ne pas oublier que, même en Amérique et en Europe occidentale, rares sont ceux – en dehors des élites – qui comprennent réellement ce que représente l’OTAN, ce qu’elle fait et ce qu’elle a réalisé au cours de ses quelque cinquante années d’existence. En conséquence, l’effort de partenariat de l’Alliance avec le Moyen-Orient, initié lors du Sommet d’Istanbul de 2004, est considéré comme inspiré par les États-Unis. La Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan dirigée par l’OTAN est perçue, à tort ou à raison, comme l’instrument de l’Amérique. Quoique l’Alliance puisse faire en Iraq ne fera que renforcer cette impression. La seule exception, ce sont les Balkans : de nombreux Arabes reconnaissent que l’OTAN protège les musulmans. Plus fondamentalement, pour l’opinion arabe, tout ce qui est militaire a un arrière-goût de despotisme et de corruption.

Les Arabes adorent les théories de conspiration, ce qui résulte du manque d’informations ou de la déformation systématique des faits pratiquée par les médias officiels dans la plupart des pays du pourtour méridional de la Méditerranée. Les mots effrayent presque autant les dirigeants arabes que les idées. Ecouter les informations émises par une télévision d’Etat, c’est entrer dans un monde de paranoïa et de déformation des faits, ce qui explique pourquoi certains pays apparaissent comme des incubateurs d’une rage aveugle contre l’Occident, même si celui-ci n’est que partiellement fautif. Heureusement, ces mêmes téléspectateurs peuvent également regarder des chaînes satellites arabes et occidentales. Mais bien peu ont la moindre idée de ce que peut bien représenter une alliance militaire de pays démocratiques. Certains craignent que l’OTAN s’intéresse à eux, à présent que le communisme ne constitue plus une menace. Les retombées de l’Iraq seront durables. Si un ex-ministre britannique des Affaires étrangères pense que cette campagne a constitué la pire erreur depuis Suez, pourquoi les Arabes devraient-ils mettre en doute une telle analyse ? Si un ex-vice secrétaire permanent du ministère de la Défense qualifie la campagne de « folie criminelle », pourquoi les Arabes ne seraient-ils pas d’accord ?

Dans ce contexte, considérer, comme beaucoup le font, que l’OTAN et les États-Unis sont une seule et même chose représente un défi pour ceux qui souhaitent expliquer ce que fait réellement l’Alliance. Le défi, en l’occurrence, est celui de la complexité. Les passions sont à ce point exacerbées, elles sont à ce point enchevêtrées que les objectifs doivent, nécessairement, demeurer modestes. Dans un tel contexte, des exercices de propagande de grande ampleur seraient contre-productifs. Le fond du problème est que – et cela n’a rien d’original – en l’absence de règlement du conflit israélo-palestinien, peu de choses peuvent être accomplies.

A plus long terme, les Occidentaux communiqueront mieux s’ils en apprennent davantage sur l’histoire arabe, n’oublient pas les blessures qu’ils ont infligées à de nombreuses personnes dans la région et, surtout, s’ils se rendent compte que la condition sine qua non d’une amélioration des relations exige de comprendre ce que ressentent les citoyens de ces pays et de dialoguer avec eux. Investir dans le dialogue portera des fruits, mais cela ne sera pas le cas si nous limitons ces contacts aux élites qui, trop souvent, ne sont pas représentatives des sociétés complexes qu’elles dirigent. Le dialogue doit également s’effectuer avec les musulmans qui vivent en Amérique et en Europe. Peu d’entre eux souhaitent devenir des martyres. Le martyre recherché par quelques-uns ne constitue pas une maladie infantile de l’islam, mais une chose qui permet aux Musulmans de retrouver la dignité qu’ils considèrent comme leur étant refusée par les pays occidentaux, dont les politiques font preuve de partialité à l’encontre du monde islamique. Une telle attitude constitue, pour de nombreux Occidentaux, un défi à la perception qu’ils ont du monde de l’islam. Il convient toutefois de relever ce défi.

Remédier aux déséquilibres économiques, ce qui est fort improbable à court terme, constitue une forme de déterminisme rudimentaire qui ne fonctionnera pas. N’oublions que l’Institute of International Economics de Washington a publié, voici quelques années, une étude qui ne contient aucune preuve que les pays comptant des populations musulmanes importantes ou prédominantes enregistrent une croissance plus lente ou un plus faible accroissement de leur productivité que les autres. Le simple fait qu’une telle étude ait été commandée souligne le chemin que l’Occident doit parcourir pour remédier à son ignorance de l’islam. Remédier aux déséquilibres politiques est presque impossible dans les circonstances actuelles. L’OTAN pourrait au moins essayer de convaincre les Arabes – y compris ceux qui ont acquis la citoyenneté en France, en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis et dans d’autres pays alliés – que l’Alliance ne sera pas, à un quelconque moment du futur, inévitablement tournée contre eux. Cela sera déjà bien assez difficile.

A lire aussi
Lecture rapide comme un raid de F17 sur des civils à propos de la légitimité de la légitimité de l’auto-défense  du HAMAS contre l’agression sioniste.
LECTURE SUR « CAST LEAD »  (DISTRIBUTION DE PLOMB) CONTRE GAZA Lecture - rapide et ciblée comme un raid de F-16 sur des civils isolés - à propos  de   la légitimité de l’auto-défense  ...
Lire la suite...
Les signes précurseurs de la Fin des Temps
Les signes précurseurs de la Fin des Temps Anas a dit : « Je vous raconte un hadith que personne après moi ne vous racontera; j’ai entendu le Messager d’Allah (bénédiction et ...
Lire la suite...
vidéo : Révélations en direct d’un membre des services secrets libyens. Vidéo et sous titres français réalisés par Nouss.
Voila ce que font les amis de BHL et ses collègues, ils vous disent qu'il n'y a pas de conspiration, que leurs amis terroristes sont des révolutionnaires, et pour cela, ...
Lire la suite...
Varsovie-Gaza
Varsovie-Gaza Ayman EL KAYMAN My nie chcemy ratować życia. Żaden z nas żywy z tego nie wyjdzie. My chcemy ratować ludzką godność (Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant ...
Lire la suite...
Que se passe-t-il réellement en Libye après la disparition de Mouammar Kadhafi ?
Smaïn Bédrouni appelle les Chefs d’États Africains à s'unir pour aider la Libye à sortir de la crise, seul moyen de lutter contre une nouvelle colonisation de l'Afrique. L'émission radio "Fenêtre ...
Lire la suite...
11 Septembre : autres coïncidences.
Ce qui frappe, c’est le nombre de coïncidences qui entourent cette tragédie. En toute logique, plus il y a de coïncidences suspectes, plus leur existence et leur occurrence simultanée est ...
Lire la suite...
Des Bombes humanitaires de l’OTAN tuent, mutilent, balaient et écrasent tout en Libye.
Commission d’enquête non gouvernementale pour la vérité en Libye Paix  Justice  Vérité Tripoli- Paris-Londres-Rome   La résolution 1973 qui était sensée créer un bouclier aérien afin de protéger les civils en Libye, permet le ...
Lire la suite...
Radio Kanal K : Smaïn Bédrouni : « L’Afrique sait que le Conseil Nationale de Transition en Libye est une supercherie politique »
Fenêtre sur l'Afrique du 27 août 2011 sur Radio kanal k en Suisse a été consacrée à la crise en Libye et à l'actualité politique au Togo Invités : Libye : Smaïn Bédrouni, chercheur, Journaliste ...
Lire la suite...
Tribulations et fin de cycle
  Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. En parcourant l’article, ci-dessous, sur LVO, j’ai voulu apporter quelques éclaircissements sur les événements du monde actuel :  http://stcom.net/news/?p=6164 J’ai été particulièrement attiré par cette ...
Lire la suite...
RDV ce soir dimanche 4 septembre de 21 h 00  à  22 h 30 : Emission radio sur la Libye
DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 21 h 00  à  22 h 30 Édition spéciale - Lumière n° 49 : entretien avec le Docteur Oumar MARIKO, 9e Vice-Président de l’Assemblée Nationale du Mali, Fondateur et ...
Lire la suite...
Lecture rapide comme un raid de F17 sur
Les signes précurseurs de la Fin des Temps
vidéo : Révélations en direct d’un membre des
Varsovie-Gaza
Que se passe-t-il réellement en Libye après la
11 Septembre : autres coïncidences.
Des Bombes humanitaires de l’OTAN tuent, mutilent, balaient
Radio Kanal K : Smaïn Bédrouni : «
Tribulations et fin de cycle
RDV ce soir dimanche 4 septembre de 21

Mots clés: , , , , , , , , ,

Plus d’histoires deAfrique

About LVO