Aller à…

La Voix Des Opprimés

Le journal des incorruptibles

RSS Feed

Manifestations du 17 Octobre 1961 : Fatima Bédar, 15 ans, jetée dans la Seine.


Ce soir, Fatima n’est pas à la maison. Adolescente à la longue chevelure très brune, Fatima toujours bien habillée, a eut 15 ans au mois d’août. Elle est née en Algérie dans la ville de Bougie. C’est à l’âge de 15 ans qu’elle est venue en France, accompagnée de sa mère.

Son père, Hocine est un ancien combattant et travaille maintenant comme ouvrier chez Gaz de France. Monsieur Hocine Bedar avait été fait prisonnier en 1940, avant de s’évader, de prendre part à la campagne d’Italie. Il a été démobilisé en 1945.

En France, Fatima a eu deux sœurs et un frère. La famille est originaire de Sarcelles et cela faisait quelques mois qu’ils avaient déménagés pour habiter à Stain. Fatima est l’aînée des enfants et elle aide beaucoup sa mère à la maison, tout en s’occupant des plus petits. Aux yeux de sa sœur, Louisa, elle faisait figure de véritable femme. Souvent, elle accompagnait à l’école maternelle son petit frère Djoudi qui était émerveillé par ses gros dictionnaires. Fatima était élève du collège commercial et industriel féminin, rue des Boucheries, à Saint-Denis.

Le jour du 17 Octobre 1961

Ce matin-là, Fatima et sa mère s’étaient vivement disputées. Les parents de la jeune fille ne voulaient pas qu’elle aille aux manifestations. Le ton était monté et sa mère, très énervée, avait jeté quelque chose dans sa direction voulant retenir sa fille. Louisa a raconté avoir vu sa grande sœur partir en courant.

Ni le lendemain, ni les autres jours, Fatima n’est rentrée à la maison et chaque matin, son père partait de bonne heure pour la chercher. Souvent, sa mère accompagnée de Djoudi, allait à sa recherche dans les rues de Stains.

Et puis, un soir, le père rentrera à la maison, le cartable de Fatima à la main. Le 31 octobre, on retrouvera le corps de Fatima, noyé dans le canal de Saint-Denis (1).

Qui a commis le crime ?

Qui a tué Fatima Bédar ? Ce que l’on sait, c’est qu’au commissariat de Saint-Denis au poste de police de Stains, dépendant de Saint-Denis, des policiers avaient, depuis des semaines, pris l’habitude de jeter les gens dans le canal et dans la Seine.

(1) Témoignage de Djoudi Bédar, le 12 décembre 1987, et de Louisa Bédar, le 29 janvier 1988, les parents de Fatima.(2) 15-10-2008 à 21:28 EL MOUDJAHID (journal algérien).

Partager

Plus d’histoires deDémocratie