AZF, un 11-Septembre français ?
Toulouse a explosé. Les causes de cette dramatique explosion restent
encore bien mystérieuses.
Le 21 septembre 2001 à 10 heures 17,
soit dix jours après les attentats du World Trade Center et du
Pentagone, la ville de Toulouse subissait une terrible catastrophe
industrielle.
Une grande explosion se produisit dans
un bâtiment de l’usine AZF, appartenant à une filiale de Total, située
à trois kilomètres du centre-ville de Toulouse et à quelques centaines
de mètres de la rocade et de l’autoroute vers Tarbes. Ce bâtiment
stockait 400 tonnes de nitrate d’ammonium déclassé dans la fabrication
d’engrais.
L’explosion a causé un cratère d’une quarantaine de mètres de diamètre et de sept mètres de profondeur.
L’explosion a correspondu à un séisme de magnitude 3,4 et fut comparable à une explosion de 20 à 40 tonnes de TNT.
Les
conséquences ont été exceptionnellement graves : 30 personnes y ont
laissé leur vie, dont 22 présentes sur le site, 2 500 furent blessées
dont 800 hospitalisées et 30 dans un état grave (principalement à cause
d’éclats de verre).
Beaucoup de dépressions et d’insomnies,
et aussi de troubles auditifs, ont été diagnostiqués et plusieurs
milliers de personnes ont été sous traitement pour cette raison. Par ailleurs, plus d’un millier de relogements ont été décidés.
Parmi les bâtiments détruits, une salle
de sport, une salle de spectacle, deux écoles primaires, un lycée, un
hôpital et une école nationale supérieure. Le site AZF fut rasé
quelques années après la catastrophe.
Plus d’un millier d’entreprises ont été
sinistrées économiquement par cette catastrophe et près de trente mille
logements ont été endommagés.
Lorsque l’usine s’était installée au sud
de Toulouse, en 1920, il n’y avait pas encore d’habitations, mais,
depuis quelques décennies, l’agglomération urbaine l’a naturellement
entourée.
Une conclusion étrange en guise de début d’enquête
Dès le 24 septembre 2001, le procureur
de la République de Toulouse laissa entendre que l’origine accidentelle
de la catastrophe était à 99 % certaine. Une déclaration bien rapide
avant le début de l’enquête qui mit mal à l’aise de nombreuses
personnes dont le maire de Toulouse de l’époque, Philippe Douste-Blazy.
L’instruction judiciaire du dossier a
été close en 2007 et le procès devrait commencer en février-mars 2009.
Tout au long de l’enquête, la thèse de l’accident a été privilégiée et,
surtout, des éléments de l’enquête ont été négligés.
On peut comprendre qu’après la psychose
provenant des attentats islamistes du 11-Septembre 2001, le
gouvernement français (dirigé par Lionel Jospin) ait voulu éviter toute
panique et tout parallèle hasardeux.
Cependant, la mauvaise qualité de
l’enquête judiciaire, évoquée tout au long de ces sept années par
quelques journalistes d’investigation, laisse un goût étrange qui
pourrait se révéler un terreau idéal pour quitter le domaine rationnel
et se mouvoir vers les eaux troubles de la théorie du complot ("On nous
ment") dans le même registre que les discussions autour des attentats
du 11-Septembre 2001 ou des causes du naufrage du sous-marin nucléaire
russe Koursk du 12 août 2000.
Cette catastrophe semble toutefois bien
différente des attentats du World Trade Center dans la mesure où aucune
récupération ne semble avoir été faite. Ni politique ni économique.
Pour information, j’énumère ici les
différentes hypothèses qui ont été soulevées par diverses personnes
plus ou moins bien inspirées.
Hypothèse officielle : l’accident par le mélange de deux produits chimiques
La thèse adoptée immédiatement a été
celle de l’accident chimique. Un mélange malencontreux entre le nitrate
d’ammonium et du dichloroisocyanurate de sodium (utilisé pour le
nettoyage des eaux de piscine).
Cette hypothèse fut discréditée par une
reconstitution en octobre 2002 qui montra que ce dernier produit était
si chloré qu’il n’était pas possible de le confondre avec un nitrate
d’ammonium (il faut le manipuler dans une combinaison spéciale pour
éviter d’être brûlé par le chlore).
De plus, le nitrate d’ammonium ne serait
explosif qu’à partir de 200 °C, or, comme il fond à 165 °C, il faut
qu’il soit maintenu en milieu confiné.
Aucune négligence dans l’application des
normes de sécurité n’a finalement été retenue et, seul, le chef
d’établissement, ainsi que la personne morale de l’entreprise, seront
les prévenus au procès.
Hypothèse de l’attentat islamiste
Le journal L’Express du 16
janvier 2003 publia un article d’Anne-Marie Casteret (aujourd’hui
décédée des suites d’une longue maladie) qui évoquait l’hypothèse d’un
attentat islamiste.
Selon son enquête, il y aurait eu deux
cadavres de plus dans le cratère de l’explosion, qui auraient été
décomptés par la suite. Le corps retrouvé d’un manutentionnaire
intérimaire a aussi interrogé la journaliste.
En effet, selon elle, à sa mort, il
aurait porté des vêtements de fête (alors qu’il travaillait sur le
site) et, surtout, il aurait porté cinq sous-vêtements sous son
pantalon, un élément souvent observé chez les terroristes kamikazes en
Israël pour protéger leurs organes génitaux dans l’Au-delà. Dans un
rapport des Renseignements généraux, ce manutentionnaire aurait été un
ancien délinquant influencé par un groupe islamiste de tendance
afghane.
Plusieurs signes étranges n’ont pas été
approfondis par l’enquête officielle, notamment le fait que ce
manutentionnaire avait fait venir une personne étrangère à l’usine
quelques jours avant (il avait déjà été rappelé à l’ordre).
Ou encore, qu’un membre de ce groupe
islamiste a été arrêté une heure après l’explosion à cent kilomètres de
Toulouse, mais avec une vitre arrière brisée comme si elle avait été
soufflée par l’explosion.
Ou encore la disparition entre deux
bâtiments de l’usine, quelques semaines avant, de vingt et un
kilogrammes de chrome 6 qui réagit très violemment au nitrate
d’ammonium.
La police avait en effet reçu quelques
revendications d’attentat, mais aucune recherche n’en avait déterminé
les origines et la police avait considéré qu’aucune d’elles n’étaient
sérieuses. Par ailleurs, il n’y eut aucun acte visant à aggraver les
conséquences de la catastrophe juste après l’explosion.
Hypothèse d’une explosion de nappe de gaz
Une usine de la Société nationale des
poudres et explosifs (SNPE) était installée à 800 mètres du hangar de
l’usine AZF qui a explosé. Elle fabriquait des produits chimiques comme
le diméthylhydrazine dissymétrique pour les carburants pour fusées et
missiles (depuis 1970, cette fabrication rendait la fusée Ariane
indépendante du carburant soviétique).
Un stock contenait 17 tonnes de cette
substance le jour de l’explosion. La production était arrêtée pour
raison de maintenance (où des risques plus importants qu’en fabrication
auraient pu être pris).
Ce produit a une odeur âcre de poisson
pourri (d’ammoniac) qui aurait été détectée par de plusieurs témoins.
Or, le vent soufflant entre 20 et 30 km/h de la SNPE vers AZF, un
mélange air chaud et hydrazine aurait pu se mettre en contact avec le
nitrate d’ammonium, provoquant un éclair au moment de s’enflammer.
Mais ce mélange ne s’enflammerait pas en
principe, sauf si l’hydrazine était azotée ou chlorée, mais la fiche
produit de l’INRS évoque une forte explosivité du produit à partir de
4,7 % dans l’air, ou au contact de métaux oxydés ou de nitrates. Parmi
les métaux possibles, du chrome dont un stock justement avait disparu.
Selon Valeurs actuelles du 21
juillet 2006, le mélange d’hydrazine avec du nitrate d’ammonium serait
la base chimique de l’explosif conventionnel le plus puissant (deux
fois plus efficace que le TNT) et utilisé dans les mines antichar.
Il y aurait eu alors deux explosions, ce
qui aurait été confirmé par des essais sismiques en septembre 2004 qui
aurait détecté l’existence d’une première explosion de plus faible
intensité avant l’explosion du hangar de nitrate d’ammonium.
Certaines autopsies auraient établi que
des victimes se trouvant entre la SNPE et AZF seraient décédées par
asphyxie au monoxyde de carbone et présenteraient une opacification du
cristallin.
Par ailleurs, des traces de chrome
auraient été relevées sur les habits de deux victimes les plus proches
du hangar qui a explosé (toutefois, ce chrome pourrait aussi provenir
naturellement du sol).
Des alcools, présents dans le pôle chimique sud-toulousain, auraient pu aussi provoquer une telle explosion.
L’instruction judiciaire a envisagé
cette hypothèse, mais uniquement avec du méthane, qui est un gaz plus
léger que l’air et parfumé au mercaptan à l’odeur très caractéristique
(le méthane étant inodore, on le parfume pour sentir sa présence par
sécurité), mais le gaz que certains témoins auraient senti n’était pas
du méthane.
Hypothèse d’une cause électromagnétique
Le témoignage de phénomènes assez
étranges au moment de la catastrophe, comme des éclairs et des
perturbations électromagnétiques a aussi fait expertiser le site sur le
plan électromagnétique. Mais le préfet a interdit l’expertise au niveau
de la SNPE.
Quelques personnes auraient alors émis
l’hypothèse que la catastrophe aurait été provoquée accidentellement à
la suite d’essais par la SNPE de bombe à impulsion magnétique.
Une enquête critiquable
Les négligences de l’enquête, les
éléments oubliés sur les lieux, l’absence d’approfondissements de
certains indices ou leur non-conservation seraient sans doute
condamnables si on oubliait l’atmosphère d’apocalypse qui régnait sur
le site et dans l’agglomération toulousaine quelques minutes après la
catastrophe.
Premiers soins à apporter, panique,
ignorance de ce qu’il se passait, nuage de fumée, etc. n’aidaient pas à
prendre les meilleures décisions pour démarrer une enquête.
Un avocat des victimes était assez démoralisé par l’attitude de l’instruction : «
Ce dossier est déconcertant. On a sélectionné des indices, ébauché des
scenarii improbables et imposé la version de l’accident avant même tout
procès. La situation devient irréelle. »
La vérité ?
Attentat, malveillance, accident,
concours de circonstances malheureux ? Il est crucial de pouvoir faire
la lumière d’abord pour empêcher d’autres catastrophes AZF dans
l’avenir, et ensuite pour faire taire l’imagination de ceux qui doutent.
Il est clair que toutes ces hypothèses ne sont pas compatibles entre elles et que la vérité est peut-être dans une autre cause.
Je veux encore croire à la justice de
mon pays qui sera amenée à se prononcer dans quelques mois sur ce
sujet. Les experts officiels restent plus crédibles que d’autres
experts auto-proclamés. Il ne fait nul doute que l’enquête aurait
cependant pu être mieux conduite.
La recherche de la vérité demande un
regard critique et constructif sur les versions officielles, mais sans
pour autant prêter le flanc aux multiples conjectures qui peuvent
rouler désormais vite sur internet et qui ont déjà bien pollué la
recherche de la vérité sur le 11-Septembre 2001 ou sur le Koursk.
J’espère que les causes de la
catastrophe de l’usine AZF seront un jour connues et, surtout,
reconnues de tous, mais avant même cette vérité, ma pensée va aux
victimes et à leur entourage proche. Une telle tragédie ne doit pas
être oubliée.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2008)
Pour aller plus loin :
Futura Sciences du 19 mars 2002.
L’Express du 16 janvier 2003.
Valeurs actuelles du 21 juillet 2006.
Rapport de l’Inspection générale de l’environnement (24 octobre 2001).
Conséquences sanitaires de l’explosion AZF (rapport intermédiaire du 9 juillet 2002).
Aspect juridique sur l’indemnisation des victimes (24 novembre 2001).

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44786




