Afghanistan : les députés français persistent et signent
Lundi 22 septembre, les
députés ont voté la poursuite et le renforcement de l’intervention
militaire française en Afghanistan par 343 députés pour (UMP et Nouveau
Centre) et 210 voix contre (PS, PCF et Verts).
À droite, le ministre de la Défense,
Hervé Morin, a appelé à l’« unité du pays derrière son armée ». Mais à
gauche, il n’était pas question pour le PS de réclamer nettement le
retrait des troupes, comme l’ont fait le PCF et les Verts. Le vote du
PS s’inscrit dans la tradition exprimée jadis par feu Léon Blum :
« Voter contre, seulement quand nos voix ne manqueront pas pour prendre
une décision ».
Le porte-parole du PS, Jean-Marc
Eyraud, a expliqué que le « non » du PS n’était pas négatif ! « Nous ne
votons pas contre la poursuite de l’engagement de la France en
Afghanistan [il peut donc continuer ! NDR]. Nous votons contre une
conception politique et militaire qui nous a conduits dans une
impasse. » Autrement dit, comme disait une vieille chanson, Sarkozy,
c’est seulement « la manière qu’il n’a pas ».
Pour faire avaler la pilule, les
dirigeants politiques partisans du maintien des troupes françaises en
Afghanistan ont rappelé que la France s’y retrouve aux côtés des
États-Unis, et aussi de la plupart des États-membres de l’Union
européenne.
Pour intervenir en Irak, les dirigeants
US ont invoqué la présence d’armes de destruction massive inexistantes.
En Afghanistan, c’est la lutte contre le terrorisme et le caractère
dictatorial du régime des talibans qui justifierait l’intervention
militaire.
Nul ne conteste que les talibans au
pouvoir faisaient régner leur dictature religieuse sur toute la
population, et notablement sur les femmes. Mais les grandes puissances,
les États-Unis en tête, avaient considéré ces aspects des milices
islamistes comme des détails quand elles choisirent de les équiper pour
contrecarrer la présence des troupes russes en Afghanistan en 1980.
Afghan attendant devant le dispensaire. |
Les partisans de l’intervention en
Afghanistan sont parfois lyriques. Ils prétendent avoir restauré la
démocratie, ouvert des écoles et fait reculer l’obscurantisme
religieux. Là encore on est dans les bobards de guerre. Pas plus en
Afghanistan qu’en Irak, l’intervention militaire n’a fait pousser de
tels fruits. En revanche, les interventions militaires, au lieu de
calmer le jeu, ont réveillé le sentiment national des populations qui
subissent les forces occupantes.
Après avoir formé les cadres des
milices islamistes, les interventions des armées impérialistes sont
maintenant en train de leur amener des combattants qui voient en eux
moins des fanatiques religieux que des résistants à l’envahisseur
étranger que sont les États coalisés autour des États-Unis, dont la
France.
À l’occasion de l’embuscade qui a causé
la mort de dix soldats français, on nous a vanté les moyens dont
disposeraient les troupes US. Mais les quelque 23 000 soldats US
engagés dans ce conflit n’ont pas mieux réussi en Afghanistan qu’en
Irak. Des rapports de l’ONU dénoncent les exactions commises par
l’armée américaine. Le 22 août dernier, par exemple, elle a bombardé un
village, tuant 92 civils, des enfants pour la plupart. Le 6 juillet,
elle avait confondu des villageois en train de fêter un mariage avec…
un groupe de rebelles !
Ces exactions se payent. Les
observateurs de la situation militaire notent, à côté d’un plus grand
professionnalisme des talibans, un élargissement de leur recrutement,
au point que trois des quatre routes qui conduisent à la capitale
seraient désormais sous leur contrôle.
En clair, la poursuite de
l’intervention est en train de faire renaître le régime des talibans
que la coalition prétendait supprimer par la force armée, au point que
certains partisans de l’intervention sont désormais en train de se
demander si l’on n’aurait pas raté l’occasion de nouer un dialogue avec
les « talibans modérés », sans nous expliquer ce que cela peut bien
être.
Instaurer la démocratie…laissez-nous rire ! C’est la fain et la misère qu’il faut stopper. |
Si la population afghane a besoin d’une
aide, c’est pour sortir de la misère, pas pour être considérée a priori
suspecte par les forces occidentales qui n’hésitent pas à faire des
cartons sur elle, tout en essayant de maintenir un régime dont la
corruption est connue de tous. Hors d’Afghanistan, les troupes
françaises et toutes les troupes impérialistes !
Voir Lutte Ouvrière
Source : ICI