La chasse au mirage au
Proche-Orient
Même droitier, colonisateur et belliciste, un gouvernement israélien
sera accueilli chaleureusement par la « communauté internationale »
comme un gouvernement de paix, écrit Hasa Abu Nimah.

au mirage : Bush, Abbas et Olmert se rencontrent pour faire avancer le
« processus de paix » à Annapolis, USA, en 2007 (Dennis Brack/Sipa
Press)
Hasan Abu Nimah – The Electronic Intifada
Je me souviens d’avoir appris à l’école l’effet mirage.
Cela ne m’avait jamais frappé comme étant réel ou possible, mais
seulement théorique. Plus tard, jeune diplomate, j’ai souvent roulé
d’Amman au Koweit via Bagdad. Dans la plate infinité du désert, j’ai vu
de larges zones de ce qui semblait être une eau bleue ondulant
doucement. Jamais je ne pouvais atteindre cette eau, mais jamais elle
ne disparaissait. Grâce à ces leçons de physique scolaire que je me
rappelais bien, j’ai su que c’était là effectivement un mirage. Ce fut
donc une fascination sans aucune déception.
Le mirage de la paix, cependant, n’est que pure
déception, sans la moindre fascination. Le prétendu « processus de
paix » et les négociations qui en découlent sont devenus depuis belle
lurette des fins en soi : profitables aux seuls participants et
cache-fiasco pour toutes les personnes qui sont concernées. Pour
Israël, il est idéal de donner l’impression d’être engagé dans des
discussions de paix, tout en continuant à occuper et à coloniser les
Palestiniens en déniant leurs droits, comme si la situation sur le
terrain n’avait aucun effet sur les négociations elles-mêmes.
Pour
l’Autorité Palestinienne, qui a totalement échoué (en raison de sa
propre corruption autant que de l’occupation israélienne) à encaisser
le moindre bénéfice réel pour le peuple palestinien, la poursuite de
négociations est devenue sa seule et unique raison d’exister, et pour
ceux qui la contrôlent, la seule manière de gagner leur vie.
Quand le processus de
paix relancé à Annapolis en 2007 fut allé droit dans le mur, ceux qui
avaient rallié un soutien international massif en sa faveur, prétendant
que c’était la toute dernière chance de réaliser la solution
bi-étatique conforme à la vision de Bush, n’eurent rien à présenter
après toutes leurs promesses. Alors ils prétendirent vaguement
qu’Annapolis avait posé les fondations de la paix rêvée, sur lesquelles
on pouvait maintenant construire. La promesse de l’ex-président
étatsunien George W. Bush d’établir un état palestinien avant la fin de
son mandat se métamorphosa en une promesse de simple « définition »
d’un tel état. Mais même cet objectif vague et insignifiant ne put se
réaliser.
Annapolis n’était qu’un exercice pour gagner du temps
pour une bande d’opérateurs internationaux dont le seul souci se
réduisait à faire revivre et à réinventer sans cesse le processus de
paix sans jamais entreprendre une évaluation sérieuse sur les raisons
de l’échec de tant d’efforts, ou sur les risques de poursuivre sur la
même voie. Annapolis n’a jamais tenu aucune promesse et n’a posé aucune
fondation pour la paix. Son seul résultat fut de procurer à Israël
l’assurance nécessaire d’être immunisé une année de plus contre toute
pression visant à limiter son agression coloniale contre les
Palestiniens, grâce à cette couverture de réunions stériles mais
régulières entre responsables israéliens et palestiniens.
Pour tout le reste, y compris la « communauté
internationale » et les états arabes, l’idée que les parties étaient
engagées dans des négociations – aussi transparente qu’ait été
l’illusion – a suffi pour les exempter de toute action réelle dans la
poursuite de la paix. Actions qui comprendraient, par exemple :
demander réellement des comptes à Israël responsable d’incessantes
violations du droit international, reconnaître que toute action doit se
baser sur le constat qu’il y a un occupant et un occupé, un violeur et
un violé, un agresseur et une victime, au lieu d’un discours qui
continue à prétendre qu’il y a deux parties égales (ou, comme c’est la
mode depuis un moment, que les Palestiniens sont l’agresseur et
qu’Israël est la victime, qui doit être protégée par des navires de
guerre et des « moniteurs » européens).
Il y a donc eu une chasse sans fin au mirage par des
gens qui savent ou qui devraient savoir ce que c’est qu’un mirage, mais
qui continuent pourtant à répéter que l’eau est réelle et qu’ils vont
bientôt en boire. L’industrie du processus de paix a maintenant
transféré leur attention sur le Président Barack Obama. Ils continuent
de scruter le moindre geste « utile », le moindre « pas » insignifiant,
les analysant pour les ajouter à des montagnes d’espoirs et d’attentes
– tandis que tous les indicateurs plus clairs et plus affirmés du
non-changement de cap de la politique étatsunienne, ils les ignorent ou
les font passer pour de la rhétorique de campagne.
Nous sommes maintenant arrivés à un point où tout
revers est réinterprété comme une « fenêtre d’opportunité ». Prenons
par exemple les récentes élections israéliennes. Comme si les cohortes
« d’experts » apparaissant tout au long de la journée sur des chaînes
satellites affamées d’analyser et d’évaluations n’arrivaient pas à
satisfaire la demande, la recherche de nouvelles recrues est en cours.
A une exception près, lorsque j’ai répondu par téléphone à quelques
questions pour le quotidien jordanien Al-Ghad, j’ai refusé de multiples
offres de participation à des débats sur les résultats des élections
israéliennes. J’ai exprimé mon opinion persistante que les résultats
des élections israéliennes n’auraient aucun effet sur le processus de
paix tout simplement parce que le processus de paix est mort depuis
longtemps et parce qu’un régime plus extrémiste à Tel Aviv ne pourrait
pas rendre plus mort encore quelque chose de déjà mort.
Les dirigeants des trois principaux partis : Kadima,
Likoud et Israël Beiténou ont non seulement proclamé haut et fort leur
adhésion à des politiques qui rendent la paix impossible, mais ils
surenchérissent chacun avec des promesses qui s’éloignent des plus
minces inflexions des précédentes administrations en direction de la
paix. Il n’y a pas de choix en Israël entre modération et extrémisme,
mais uniquement entre différents arômes de l’extrémisme.
La vérité qu’aucun n’oserait prononcer, c’est que le
Hamas, avec son offre de trêve de longue durée avec Israël, et sa
disponibilité à reconnaître les frontières de 1967, est bien plus
modéré et conciliant que tout autre parti juif israélien important.
Mais l’industrie du processus de paix sera toujours
disposée à dénier la réalité et à poursuivre la chasse au mirage.
Israël dans son ensemble est si extrémiste et intransigeant que même un
gouvernement d’unité nationale (Kadima et Likoud) droitier,
colonisateur et belliciste serait accueilli chaleureusement par la
« communauté internationale » comme un gouvernement de paix pour lequel
nous devrions être reconnaissants et disposés à nous engager. Bien sûr
ils diront – comme toujours – que ce n’est pas le moment de faire
pression sur Israël sans quoi nous risquerions de finir avec un
gouvernement qui serait pire ! Même les mois que prendrait la formation
d’un gouvernement israélien ne seraient pas un problème. Ce serait un
parfait alibi pour un spectacle qui doit continuer.
Je souhaite que nous puissions chasser ces politiques
ratées et leurs auteurs comme les guignols qu’ils sont. Mais ceux qui
paient le prix de tant de négligence, de complicité, de manque de
courage et d’absence de responsabilité de la communauté internationale,
ce sont des gens innocents, le plus effroyablement à Gaza. Leur
réalité, leur colère, leur résistance, sont de celles que le mirage ne
parvient pas à dissimuler plus longtemps.
* Hasan Abu Nimah est
l’ancien représentant permanent de la Jordanie aux Nations-Unies. Cet
article est paru initialement dans The Jordan Times et est republié
avec l’accord de l’auteur.
18 février 2009 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article ici :
http://electronicintifada.net/v2/ar…
Traduction de l’anglais : Marie Meert