Quand la France joue les «nettoyeurs»



Quand la France
joue les «nettoyeurs»

http://www.maroc-hebdo.press.ma/MHinternet/Archives_507/ph_507/benbarka.jpg«Une manifestation cynique de la raison d’Etat». Voilà la sentence par
laquelle le fils de Mehdi Ben Barka, opposant marocain au régime de
Hassan II, kidnappé et éliminé, à Paris, par les services secrets
marocains en 1965, vilipende les artisans de ce qu’il qualifie lui-même
de mascarade. Pour que la justice française se déjuge en quelques
jours, il a fallu certainement une intervention en très haut lieu, même
si, pour appuyer les prétentions d’indépendance de la justice dans ce
pays, une telle injonction n’est guère justifiable. Mais dans une
affaire où il est révélé qu’il y a eu, pour faciliter la tâche aux
bouchers marocains, émissaires du Palais royal, des complicités très
actives de la part des services de renseignement français, appuyés de
truands du même acabit. Ce qui pourrait expliquer la volonté de couper
cours, 44 ans après, à une affaire qui pourrait entacher l’Etat
français. Seulement voilà, l’affaire Ben Barka a des héritiers, des
continuateurs, dont le vœu est de mettre toute la lumière sur la
disparition du charismatique leader de l’opposition marocaine, étouffé
au plus fort de sa détermination politique, dans le pays même qui était
censé être son asile. C’est là que l’embarras est accentué, plus fort
même que celui que l’on doit éprouver en très haut lieu à paris, de ne
pouvoir enterrer un dossier trop vieux, mais qui renaît à chaque fois
de ces cendres, et qui met à mal le partenaire marocain.
Cette histoire n’est pas sans rappeler une autre complaisance, cette
fois-ci de gauche, sous Mitterrand, lorsque la France s’apprêtait à
expulser, vers le Gabon, M. Diouri, farouche opposant marocain au
Palais chérifien, auteur, entre autres diatribes, du très embarrassant
ouvrage A qui appartient le Maroc, dont la rigueur chiffrée révélait
tous les tenants de l’accaparement de la monarchie d’une partie, la
plus vitale de l’économie, à travers le consortium Omnium nord-Afrique.
Cette affaire est similaire, par quelques points à celle de Ben Barka,
car les deux opposants étaient les acteurs dynamiques d’une reddition
des comptes, et puis l’embarras que causait le livre de Diouri à
l’administration française, n’avait d’égal que celui auquel celle-ci
devait faire face quand les ONG françaises se sont mobilisées dans les
rues de Paris, et ailleurs, pour exiger l’annulation d’une décision à
l’évidence d’inspiration diplomatique et non judiciaire. C’est là
illustrée toute l’histoire de la complaisance intéressée des pays dits
démocratiques vis-à-vis des Etats policiers, où les abus des derniers
poussent les premiers, par intérêt, à jouer les nettoyeurs.
Larbi Balta

http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=81475&idc=4&date_insert=20091008