Le buisson ardent

Comme les pins, Israël et les Israéliens n’ont rien à faire au Moyen-Orient, écrit Gilad Atzmon.

samedi 4 décembre 2010 – 06h:51

Gilad Atzmon

(JPG)

"Catastrophe dans le nord d’Israël. Au moins quarante
morts, tandis que l’incendie continue à faire rage et à progresser dans
le Mont Carmel. Une évacuation massive est en cours."

Au moment où j’écris ceci, les équipes de pompiers
israéliens se battent contre les flammes. Ils n’expriment aucun espoir
d’être à même de contrôler le feu avant longtemps. « Nous avons perdu le
contrôle du feu », a indiqué le porte-parole des services des pompiers
de Haïfa. « Il n’y a pas suffisamment de pompiers réservistes en Israël
pour éteindre cet incendie ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est
rendu précipitamment sur les lieux de l’incendie hier. Il a demandé
l’aide des Etats-Unis, de la Grèce, de l’Italie, de la Russie et de
Chypre, sollicités pour seconder les pompiers israéliens. Un pays normal
aurait probablement sollicité l’assistance des pays voisins. Mais
l’Etat juif n’a pas de voisins : de tous ses voisins, sans exception, il
a fait des ennemis.

Mais c’est là où ce fait divers revêt une profonde
signification. Cet incendie dans le nord d’Israël n’a rien d’un
événement fortuit. Le paysage rural d’Israël est saturé de plantations
de pins.  Ces arbres sont totalement étrangers à la région. Il n’y avait
aucun pin (en Palestine) avant les années Trente.

Ces pins ont été
introduits dans le paysage palestinien au début des années Trente par le
Fonds National Juif (FNJ), qui tentait (prétendait-il) « réhabiliter
les terres » (voire « les rédimer »).

En 1935, le FNJ avait planté 1,7 million de pins sur une
superficie totale de 1 750 acres (soit environ 700 hectares, ndt).
Durant les cinquante années suivantes, le FNJ a planté plus de 260
millions d’arbres (pour la plupart, des pins) sur des terres très
majoritairement confisquées à des propriétaires palestiniens. Le FNJ a
fait cela dans une tentative – vaine – de dissimuler les ruines des
villages palestiniens détruits et ethniquement « épurés » (par les
sionistes), soucieux qu’ils étaient d’en faire effacer jusqu’à
l’histoire.

Au long de toutes ces années, le FNJ a déployé une
tentative grossière d’éliminer la civilisation palestinienne et le passé
des Palestiniens. En même temps, il s’est évertué à faire en sorte que
la Palestine ressemble à l’Europe. La forêt primaire palestinienne a été
éradiquée. Les oliviers ont été déracinés. Les pins ont pris leur
place. Dans le sud du Mont Carmel, les Israéliens ont baptisé une région
« la Petite Suisse ».

J’ai appris ce soir même qu’il n’y a plus de « Petite Suisse » car la « Petite Suisse » a entièrement brûlé.

Reste que, sur le terrain, la situation est carrément
dévastatrice pour le FNJ. Le pin ne s’est pas plus adapté au climat de
la Palestine que les Israéliens ne se sont adaptés au Moyen-Orient.
Selon les propres statistiques du FNJ, six sur dix des nouveaux plants
de pin n’ont pas pris.  Les rares pins qui ont survécu n’ont rien formé
d’autre qu’un bûcher en puissance.

Vers la fin de chaque été israélien,
chacune des pinèdes israéliennes devient une zone mortelle en puissance.

En dépit de sa puissance nucléaire, de son armée de
criminels de guerre, de son occupation, de son(JPG) Mossad et de ses
lobbyistes répandus dans le monde entier, Israël s’avère très
vulnérable. Il est catastrophiquement aliéné à la terre qu’il prétend
posséder.

Comme les pins, Israël et les Israéliens n’ont rien à faire au Moyen-Orient.

 Gilad Atzmon est écrivain et musicien de jazz, il vit à Londres. Son dernier CD : In Loving Memory of Americ.