David et Goliath

Depuis deux ans, l’Etat d’Israël a transformé la Bande de Gaza en un
immense ghetto fermé de tous côtés, sous prétexte que sa population a
voté majoritairement pour une organisation terroriste (1). Le 23 août,
deux bateaux de pêche ont réussi à forcer le blocus. Les organisateurs
de l’expédition ont prévu de recommencer, probablement fin octobre.

David et Goliath

drapeau israelienUn navire de plus gros tonnage aurait dû quitter Chypre le 25 septembre
avec à son bord Mme Mairead Maguire, prix Nobel de la paix 1976, mais
le projet a été retardé. Greta Berlin, porte-parole du mouvement, a déclaré : « Nos
deux premiers bateaux ne convenaient pas à ce voyage. Nous avons donc
décidé d’acheter ou de louer un bateau plus robuste. Malheureusement,
chaque fois que nous avons conclu un accord avec un propriétaire de
bateau, il a fini par abandonner. Nous pensons que c’est en raison de
pressions extérieures.
 »

Le blocus de Gaza empêche l’ONU et les organisations humanitaires
d’apporter de l’aide à la population. Israël laisse entrer au
compte-gouttes les denrées alimentaires, l’eau potable et le carburant.
La voirie ne fonctionne plus. Les hôpitaux ne fonctionnent plus. C’est
un véritable désastre sanitaire. Des équipes clandestines vont chercher
du ravitaillement, au péril de leur vie, à travers des tunnels
creusés sous le mur qui sépare Gaza de l’Egypte. La pêche, activité
traditionnelle, pourrait apporter à l’alimentation un supplément de
protéines, car la mer est riche en sardines à partir de 10 miles
nautiques de la côte, mais les navires de guerre israéliens ne
permettent pas aux bateaux de pêche d’aller plus loin que 6 miles
nautiques. Les accords d’Oslo avaient pourtant fixé la limite à 20
miles, dans les eaux territoriales.

C’est le 23 août au soir que les premiers navires en provenance de Chypre, le SS Free Gaza et le SS Liberty
étaient arrivés à Gaza avec 44 personnes à bord. Ils ont repris la mer
le 28 août en laissant sur place 8 personnes, dont 6 avaient pour
mission d’accompagner les pêcheurs palestiniens dans les eaux
territoriales. Dès le1er septembre, ceux-ci ont lancé un appel transmis
par des agences de presse au ministère des Affaires étrangères
d’Israël. Des navires de guerre israéliens
tiraient à l’arme lourde et à balles réelles en direction des bateaux
sur lesquels ils se trouvaient tandis que les pêcheurs faisaient leur
travail. Personne n’a été blessé, mais les pêcheurs leur ont dit que 14
de leurs camarades ont été tués dans les mêmes conditions depuis le
début du blocus. Plusieurs bateaux ont été gravement endommagés et il
est impossible de les réparer en raison du manque de pièces de rechange.

Le but de ces observateurs, deux Américains, un Danois, un Ecossais et
un Grec, était d’enregistrer des preuves formelles, notamment par
enregistrement vidéo, des attaques de la marine israélienne dont les
pêcheurs sont constamment victimes. Ils ont déclaré qu’ils pourraient
être présents chaque jour sur n’importe quel bateau de pêche sans
manifester leur présence. Cette action a permis aux pêcheurs de faire
leur travail un peu plus librement, bien que la marine de guerre
israélienne continue de les harceler.

Les témoignages sont accablants. Par exemple, le 17 septembre, un
bateau de pêche atteint la limite des 6 miles. Une vedette rapide
israélienne s’approche et fait des cercles menaçants autour du bateau.
Les marins lui donnent l’ordre, en hébreu et en arabe, de faire
demi-tour. Quand ils ont compris qu’une observatrice américaine est à
bord, parce qu’elle leur a dit en anglais que le bateau a le droit
d’aller jusqu’à 12 miles, ils rient, font des gestes obscènes et
hurlent des insultes. Le même jour, un observateur italien a été
blessé. Un croiseur israélien a tiré sur le bateau de pêche avec un
puissant canon à eau,
brisant les vitres de la cabine de pilotage. Il a été blessé au dos par
des éclats de verre ; il a fallu lui faire plusieurs points de suture.
Il semble que depuis ce jour la marine israélienne a cessé d’utiliser
des canons à eau, mais elle continue à tirer des coups de semonce à
l’arme lourde.

Des membres de la nouvelle expédition prendront la relève des
observateurs qui travaillent à Gaza depuis le 28 août, tandis que
ceux-ci rentreront à Chypre. En effet, quand on arrive à Gaza par la
mer, on est obligé de repartir par la mer, les frontières terrestres
étant hermétiquement fermées, côté égyptien comme côté israélien. Il
faut donc s’attendre à ce que s’établisse un trafic maritime régulier
entre Chypre et Gaza, à moins que le gouvernement israélien ne trouve
le moyen de s’y opposer, en violation du droit international. Il faut
espérer cependant qu’il se comportera de manière responsable en
permettant une libre circulation des personnes et des biens par voie
maritime entre Gaza et les autres ports méditerranéens. Ce serait le
signe d’une détente dont toute la région peut profiter.

La Bible dit que David a terrassé Goliath, un géant arrogant et
fortement armé, en lui jetant une pierre avec une fronde. Je ne peux
pas m’empêcher de penser que, dans cette histoire, l’Etat d’Israël
ressemble à Goliath alors que le Mouvement Free Gaza ressemble à David,
mais avec une grande différence : c’est un mouvement non-violent. De
plus, il ne faut pas confondre l’Etat d’Israël avec le peuple
israélien. Les Israéliens qui luttent pour les droits des Palestiniens
sont de plus en plus nombreux, notamment ceux qui refusent de faire
leur service militaire dans les territoires occupés.

(1) Si le Hamas est une organisation terroriste, que dire d’un Etat qui
envoie des chars, des avions, des hélicoptères et des navires tirer sur
des civils sans défense ?

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=45046