Essais nucléaires de Reggane

Essais nucléaires de
Reggane : Projet de loi pour indemniser les victimes

0acomregganedh6“L’expérience nous invite à être méfiants”

Patrice
Bouveret est cofondateur de l’Observatoire des armements et l’un des
animateurs du comité Vérité et justice, qui milite pour la
reconnaissance des conséquences des essais nucléaires français en
Algérie et en Polynésie, et pour l’indemnisation de leurs victimes
civiles et militaires. Il réagit à l’annonce par le ministre de la
défense Hervé Morin d’un projet de loi, qui permettra d’indemniser les
victimes.

Propos recueillis par Jean Guisnel

Le Point : Quelle a été votre réaction aux annonces d’Hervé Morin ?

Patrice Bouveret
: Enfin ! Pas trop tôt ! Cela fait un bon nombre d’années que nous
demandons ce type de mesures, et notamment le vote d’une loi
d’indemnisation. Nous sommes donc satisfaits.

Caricature de Maz (El watan) sujet: Essais nucléaires français de Reggane Le Point : Totalement ?

P. B. :
Pas tout à fait. D’abord, nous n’avons pas le texte de ce projet de loi
sous les yeux, pour en analyser le contenu. Ensuite, nous pensons que
des points précis feront sans doute l’objet de discussions. Car
l’expérience nous invite à être méfiants. C’est ainsi que nous voulons
connaître la liste des maladies reconnues, ou la nature de la prise en
considération de la durée de présence des victimes sur les sites. Quel
degré d’irradiation permettra d’ouvrir les droits à indemnisation ? Je
peux vous assurer qu’on sera aussi vigilants sur la loi elle-même que
sur ses décrets d’application.
Le Point : Avez-vous des éléments sur la manière dont seront conduites les discussions avec les victimes ?


essais nucleaires sahara 38babP. B. :
Pas encore. Mais si on peut imaginer que le processus ne sera pas trop
difficile à mettre en oeuvre avec la Polynésie, qu’en sera-t-il pour
les victimes algériennes ? Fin 2006, le gouvernement français annonçait
la mise en place d’un groupe de travail avec l’État algérien. Or, deux
ans plus tard, il n’est toujours pas en place. Ce n’est pas un bon
signe.

Le Point : Quel rôle ont joué, à vos yeux, les associations de victimes dans la décision du gouvernement ?


dessin uP. B. :
Ce rôle a été essentiel, je le crois. La mise en place du comité Vérité
et justice, le 3 juin dernier, a accéléré les choses. Nous avons
constitué un groupe de travail avec plusieurs députés (socialistes,
verts, communistes, UMP) pour mettre sur pied une proposition de loi
commune, rendue publique le 18 octobre lors d’un rassemblement à
l’Assemblée nationale durant lequel nous avons produit une pétition
avec 12.000 signatures. Ensuite, la députée Christine Taubira se l’est
appropriée, et c’est ce geste qui a déclenché l’initiative
gouvernementale.

In la revue Le Point – (Lepoint.fr) du 26 nov.2008