
Ce texte ne saurait ĂȘtre un pamphlet contre une nation, mais un miroir tendu Ă ceux qui prĂ©tendent lâincarner tout en la trahissant. La France reste un grand pays, avec une histoire immense, un peuple courageux, une culture riche. Mais certains responsables politiques, Ă force dâoublier la noblesse de leur mission, se sont mis Ă la hauteur de leurs calculs, et non de leurs principes.
PlutĂŽt que dâassumer les responsabilitĂ©s qui leur incombent â la montĂ©e des inĂ©galitĂ©s, lâabandon des territoires, la fracture rĂ©publicaine â ils ont trouvĂ© une parade commode : dĂ©signer lâAlgĂ©rie. Non pour ce quâelle fait, mais pour ce quâelle reprĂ©sente. Une mĂ©moire indocile. Une voix qui ne baisse pas les yeux. Une histoire qui ne se laisse pas dicter.
Ce nâest pas lâAlgĂ©rie quâils combattent, mais une idĂ©e de la dignitĂ© qui leur Ă©chappe.
Quand un ministre parle de « problĂšme dâintĂ©gration », quand un autre estime que lâAlgĂ©rie devrait « faire profil bas », il ne sâagit pas de diplomatie, mais de stratĂ©gie intĂ©rieure. Ces mots sont des projectiles lancĂ©s Ă lâopinion. Ils disent : « Regardez lĂ -bas ». Pendant quâici, les inĂ©galitĂ©s sâaggravent, les services publics se dĂ©labrent, et la parole politique se vide.
Ce dĂ©placement du regard est une mĂ©canique ancienne. Mais dans un monde saturĂ© dâimages, de rĂ©seaux, dâinfluence et de fatigue dĂ©mocratique, il devient encore plus efficace. On recycle des rĂ©cits Ă©culĂ©s. On rĂ©active les stigmates. On parle de virilitĂ© politique pour masquer lâimpuissance des idĂ©es. Et dans ce jeu, certains acteurs Ă©trangers, y compris dans le monde arabe, nâhĂ©sitent pas Ă souffler sur les braises. Car affaiblir la relation franco-algĂ©rienne, câest affaiblir un pont historique entre les peuples â et donc renforcer certains monopoles dâinfluence.
Or affaiblir ce lien, câest aussi affaiblir la France. Car lâAlgĂ©rie nâest pas un pays lointain : elle est dans la mĂ©moire de millions de citoyens français, dans les prĂ©noms de la RĂ©publique, dans les visages de lâĂ©cole publique, dans les mains de ceux qui bĂątissent, soignent, enseignent, protĂšgent. Et nier cette rĂ©alitĂ©, câest nier une partie de soi-mĂȘme.
Alors que reste-t-il ? Il reste le silence lucide. Le refus de rĂ©pondre Ă lâagitation par lâagitation. Lâobstination Ă croire en la dignitĂ© des peuples. Et la certitude quâun jour, chaque Ă©poque devra rĂ©pondre de ce quâelle aura semĂ©.
Car ce nâest pas lâAlgĂ©rie qui est atteinte par ces manĆuvres : câest la France elle-mĂȘme. Et lâHistoire â la vĂ©ritable, celle qui observe avec patience et juge sans passion â en tirera les enseignements. MĂȘme en matiĂšre dâincompĂ©tence ou dâimposture, ce ne sont pas les nations quâon salit, mais les Ă©poques quâon abĂźme.