Rompre l’impasse palestinienne

Rompre l’impasse
palestinienne

Des élections au Conseil National Palestinien (CNP) devraient
constituer une toute première priorité pour toutes les parties
palestiniennes en vue de sortir de l’impasse politique.

Mahmoud
Abbas, dont le mandat de président de l’AP expirait le 9 janvier
dernier, tente à présent de se cramponner au pouvoir en tant que
Secrétaire général et chef de l’OLP

(JPG)Naguère organe central de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ses vestiges manquent de toute légitimité.

Récemment le chef du bureau politique du Hamas, Khaled
Meshal, a suscité des protestations en déclarant que, dans sa forme
actuelle, l’OLP n’est plus un point de référence pour les Palestiniens.
Mahmoud Abbas, dont le mandat de Président de l’Autorité Palestinienne
basée à Ramallah expirait le 9 janvier dernier, a réagi avec fureur.
Ayant lui-même perdu toute légitimité légale et politique, Abbas a
déclaré devant une foule, au Caire, « qu’il n’y aurait pas de dialogue
avec ceux qui rejettent l’OLP ».

Bien sûr, Meshal ne rejetait pas l‘OLP, mais il a
affirmé que l’OLP est devenue « un centre de division pour le foyer
palestinien ». S’adressant à Al-Jazeera ce 30 janvier, Osama Hamdan,
porte-parole du Hamas, clarifiait : « l’OLP représente un bon cadre
pouvant servir à résoudre beaucoup de nos problèmes et querelles ».
Hamdan ajoutait que l’institution « est la seule organisation qui soit
capable de poursuivre les négociations et de signer des accords
politiques avec des factions internes tout autant qu’avec des parties
externes ». Fawzi Barhoum, autre porte-parole du Hamas, déclarait à des
journalistes que lorsque le Hamas suggérait de créer « une nouvelle
représentation », il ne s’agissait pas de créer une alternative à
l’OLP. « Nous souhaitons ajouter des factions de l’opposition à l’OLP,
factions qui ne sont toujours pas intégrées dans l’institution ».

Mais la réaction même d’Abbas à ce défi de réactivation
et de démocratisation de l’OLP a montré pourquoi cette organisation,
naguère si représentative symboliquement, a perdu autant de
crédibilité. Tentant d’étayer les apparences de la légitimité, Abbas a
convoqué les membres non-élus survivants du CNP à une réunion d’urgence
à Ramallah. Seules quelques reliques opportunistes sont apparues. Salim
Zanoun, président du CNP, a sommé le Hamas de retirer ses déclarations.
Salih Rafat, secrétaire-général de Fida, groupuscule pro-Oslo dissident
du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine, a suggéré que
l’OLP tienne des élections “internes” – quoi qu’il ait voulu dire – et
s’étende de manière à inclure toutes les parties palestiniennes. En
effet, l’accord du Caire de 2005 entre la faction du Fatah d’Abbas, qui
a longtemps dominé l’OLP, et les autres groupes, notamment le Hamas,
réclamait réformes et démocratisation. Mais pendant quatre ans, le
Fatah s’est servi de sa prédominance au sein de l’OLP pour résister
farouchement à toute réforme. Ce genre de tactique non démocratique ne
date pas d’hier.

Avant que l’OLP n’entame des négociations secrètes avec
Israël à Oslo en 1992, l’ancien leadership du Fatah avait refusé de
mobiliser les différentes bases dispersées, « pour attirer les
meilleurs talents de son peuple » selon les termes de feu Edward Said.
Dès 1993, Edward Said écrivait : « Au coeur de la pensée de
l’opposition, il y a le besoin désespéré de réforme interne au sein de
l’OLP, qui doit savoir maintenant que les bruyants appels à « l’unité
nationale » ne peuvent plus désormais servir d’excuse à l’incompétence,
à la corruption, à l’autocratie ». Il ajoutait qu’ « une telle
opposition ne peut pas, sauf selon une logique grotesque et sournoise,
être ramenée à de la trahison ou de la traîtrise » ("The lost
liberation," The Guardian, 9 Septembre 1993). Said avait des mots très
durs pour Yasser Arafat, le prédécesseur d’Abbas.

« En signant un accord avec Israël afin d’être le
collaborateur d’Israël dans l’occupation » écrivait Said, « [Arafat] a
laissé l’OLP – institution qui a un jour représenté les aspirations
palestiniennes et qui était vue dans tout le tiers-monde comme une
organisation de libération particulièrement assiégée mais néanmoins
authentique, reconnue par Nelson Mandela lui-même – se flétrir à
l’étranger ». (Edward Said, Peace and its discontents (London :
Vintage), p.167).

Pendant les récents massacres israéliens à Gaza, les
Palestiniens de Cisjordanie qui essayaient de manifester leur
solidarité avec leurs frères et sœurs assiégés ont sévèrement été
réprimés par les forces de sécurité d’Abbas. L’utilisation scandaleuse
de forces de police à des fins de bénéfice politique partisan et pour
écraser l’opposition a déclenché colère et ressentiment chez les
Palestiniens, tout en démontrant clairement que le Fatah critiqué par
Said n’avait fait que changer en pire. Les milices armées d’Abbas sont
financées et entraînées par des gouvernements occidentaux, aidées et
encouragées par Israël pour jouer le rôle d’exécuteurs autochtones de
l’occupation. Alors que la grande majorité des Palestiniens, peu
soucieux de scandale, voulaient exprimer leur solidarité avec Gaza, le
régime de Ramallah n’était obsédé que par le maintien de bonnes
relations avec ses donateurs étrangers, ce qui signifiait : réprimer
son propre peuple. Israël tient Abbas pour responsable du maintien de
la sécurité en Cisjordanie en vue d’une occupation et d’une
colonisation militaire prolongée, réduisant Abbas aux yeux de son
peuple à un Buthelezi palestinien (le chef zoulou qui s’allia au
gouvernement d’apartheid en Afrique du Sud).

Dans ce processus d’asservissement à Israël, Abbas a
perdu toute légitimité et tout soutien parmi les Palestiniens – sauf
ceux dont la loyauté a été achetée par des salaires financés par
l’Union Européenne. Au lieu de fournir tous les efforts possibles pour
une réconciliation nationale et une réforme de l’OLP, Abbas visite
Strasbourg, Londres, Paris et Rome et fait des discours aux
parlementaires et responsables européens, dont il reçoit davantage de
soutien qu’il n’en reçoit à Gaza, Naplouse ou tout autre lieu où
habitent des Palestiniens.

Son mandat à la présidence de l’AP ayant expiré, Abbas
se sert à présent de son titre de chef de l’OLP comme d’un moyen pour
s’accrocher au pouvoir. Mais la seule manière de s’y maintenir est de
s’assurer qu’il n’y ait ni démocratie ni responsabilité. Et tandis
qu’il bloque toute réforme, il continue de souligner que le mastodonte
rouillé qu’est l’OLP qu’il dirige est « l’unique représentant
légitime » du peuple palestinien. Il n’y a aucune raison de ne pas
tenir d’élections au CNP, sinon le maintien en place d’Abbas et de son
entourage. Seule une OLP regagnant sa légitimité grâce à un CNP élu
peut représenter tous les Palestiniens – y compris ceux qui vivent en
exil et ceux qui sont sous l’occupation en Palestine – et peut formuler
et appuyer une stratégie commune de libération.

* Arjan El Fassed est cofondateur de The Electronic Intifada
et auteur de ”Niet iedereen kan stenen gooien” [« Tout le monde ne peut
pas lancer des pierres »] (éditions Uitgeverij Nieuwland, 2008).

Arjan El Fassed – The Electronic Intifada

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=6103