Recep Tayyip Erdogan ordonne le renvoi de 10 ambassadeurs, dont le représentant de la France en Turquie


ISTANBUL (LVO) – Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi qu’il avait ordonné que 10 ambassadeurs étrangers ayant demandé la libération d’un philanthrope emprisonné soient déclarés persona non grata.

Les ambassadeurs, dont les représentants des États-Unis, de la France et de l’Allemagne à Ankara, ont publié une déclaration en début de semaine appelant à une résolution du cas d’Osman Kavala, un homme d’affaires et philanthrope détenu en prison depuis 2017 sans condamnation.

Qualifiant cette déclaration d' »impudence », Erdogan a déclaré qu’il avait ordonné que les ambassadeurs soient déclarés indésirables.

« J’ai donné l’instruction à notre ministre des Affaires étrangères et lui ai dit : ‘Vous allez immédiatement vous occuper de la déclaration de persona non grata de ces 10 ambassadeurs' », a déclaré Erdogan lors d’un rassemblement dans la ville occidentale d’Eskisehir.

Il a ajouté : « Ils vont reconnaître, comprendre et connaître la Turquie. Le jour où ils ne connaîtront pas ou ne comprendront pas la Turquie, ils partiront. »

Les diplomates, qui comprennent également les ambassadeurs des Pays-Bas, du Canada, du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de la Norvège et de la Nouvelle-Zélande, ont été convoqués au ministère des Affaires étrangères mardi.

Une déclaration de persona non grata à l’encontre d’un diplomate signifie généralement que cette personne est interdite de séjour dans son pays d’accueil.

Kavala, 64 ans, homme d’affaires richissime et philanthrope, né à Paris, a été maintenu en détention début octobre par un tribunal d’Istanbul qui a estimé « manquer d’éléments nouveaux pour le remettre en liberté ». Osman Kavala, qui a toujours nié les charges pesant contre lui, comparaîtra de nouveau le 26 novembre. il a été acquitté l’année dernière de charges liées à des manifestations antigouvernementales nationales en 2013, mais le jugement a été annulé et joint à des charges liées à une tentative de coup d’État en 2016.

Les observateurs internationaux et les groupes de défense des droits de l’homme ont demandé à plusieurs reprises la libération de Kavala et du politicien kurde Selahattin Demirtas, qui est emprisonné depuis 2016. Ils affirment que leur emprisonnement est fondé sur des considérations politiques. Ankara dément bien sur ces affirmations et insiste sur le respect de la Turquie et de l’indépendance de la justice turque.

Menace de la CEDH

La Cour européenne des droits de l’homme a demandé la libération de Kavala en 2019, affirmant que son incarcération avait pour but de le réduire au silence et qu’elle n’était pas étayée par la preuve d’un délit. Le Conseil de l’Europe indique qu’il engagera une procédure d’infraction à l’encontre de la Turquie à la fin du mois de novembre si Kavala n’est pas libéré.

L’actuel ambassadeur américain, David Satterfield, a été nommé en 2019. La nomination de son remplaçant, Jeff Flake, a été approuvée par la commission des affaires étrangères du Sénat mardi.

Après que la décision d’Erdogan a été rapporté, le département d’État américain a déclaré dans un communiqué : « Nous sommes au courant de ces rapports et nous cherchons à obtenir des éclaircissements auprès du ministère turc des Affaires étrangères. »

En décembre 2019, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait ordonné la « libération immédiate » de Osman Kavalan, en vain. Arrêté initialement pour sa participation au mouvement anti-gouvernemental dit de Gezi en 2013, il a ensuite été poursuivi des lourdes accusations de tentative de coup d’État et d’espionnage.

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