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14/12/2018

L’Otan contrôle la section étasunienne d’Amnesty International


Traduction et synthèse d’un article d’Ashley Smith (Zcommunication.org – 11/8/12)*

La plupart des gens associe Amnesty International à son combat contre la torture, la peine de mort et aux campagnes pour la libération des prisonniers politiques. L’un de ses haut faits, au cours de la dernière décennie, a été son opposition véhémente à la guerre en Irak et sa demande de fermeture du camp de concentration américain de Guantanamo, à Cuba.

Aussi quelle ne fut pas la surprise des militants anti-guerre de voir sur les bus de Chicago, lors du dernier sommet de l’Otan, en mai dernier, des placards d’Amnesty USA déclarant : « Droit de l’homme pour les femmes et les filles en Afghanistan, OTAN, continuez les progrès ! »

« Mini sommet »

avec Madeleine Albright

Pis encore, Amnesty International, a organisé  « un mini sommet », parallèlement à celui de l’OTAN, avec pour principale personnalité Madeleine Albright, secrétaire d’Etat sous Bill Clinton, connue pour avoir répondu que la mort d’un demi million d’enfants pendant la période des sanctions imposées à l’Irak par l’ONU, dans les années 90,  « en valait le prix ».

Avec pour orateur éminent cette véritable criminelle de guerre, Amnesty USA réclamait une extension du  « bon travail » de l’Otan, recyclant ainsi la justification « féministe » de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan par G. W. Bush, selon laquelle l’OTAN libérerait les femmes de la loi talibane.

Dans une lettre ouverte à Barack Obama et Hamid Karzaï, Amnesty USA prétend que : « Trois millions de filles fréquentent l’école, alors que, virtuellement, elles en étaient absentes sous les Talibans. Les femmes composent 20% des diplômées de l’université. La mortalité infantile et post-natale a baissé. 10% des juges et procureurs dont des femmes contre zéro  sous les Talibans. C’est ce que nous appelons le progrès ». Cette lettre fait écho à la propagande de l’Otan qui soutient que « au cours des dix années de notre partenariat, la vie des femmes, des hommes et des enfants s’est beaucoup améliorée en termes de sécurité, éducation, santé, opportunités économiques et garantie des droits et de liberté ».

En réalité, l’OTAN a fait régner un régime de terreur visant le peuple tout entier, avec répression, massacres lors de cérémonies de mariage, soutien  au régime fantoche et corrompu de Karzaï et de ses seigneurs de guerre. Même le New York Times reconnaît dans un éditorial que : « Selon la Banque Mondiale, environ 97% des 15,7 milliards de dollars du produit national brut vient de l’aide militaire et de développement et des dépenses des troupes étrangères dans le pays ».

La dénonciation  des mensonges sur l’amélioration des conditions de vie des Afghans, propagée par les Etats-Unis et l’Otan, se trouve dans une enquête récente du Congrès sur l’Hôpital Dawood, financé par les Etats-Unis, où les patients vivent dans des conditions dignes d’Auschwitz. Comme le rapporte Democracy Now! : des photos prises en 2010 montrent des malades privés de soins, affamés, souffrant de gangrène, les plaies infestées de vers alors que dans le même temps les soldats de la coalition y sont soignés correctement.

Les conditions des femmes afghanes ne font pas exception à ce schéma général. Ni l’Otan, ni Karzaï n’ont promu leurs droits. Si, sous le régime des Talibans, elles devaient rester enfermées chez elles, sous Karzaï, rien n’a changé, sauf qu’elles sont entourées par la guerre et qu’une loi a été passée qui permet aux maris d’avoir des relations sexuelles forcées et de les priver de nourriture. L’UNICEF estime à 68% des enfants âgés de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition.

Des campagnes calées

sur l’agenda de la politique étrangère

de l’administration Obama

La vérité est que si Amnesty International US a poursuivi un travail orienté vers le progrès dans certains secteurs, notamment avec son rapport sur la guerre de l’Otan en Libye et les violations des  droits de l’homme qui ont suivi, l’organisation semble caler ses campagnes sur les droits de l’homme sur l’agenda de la politique étrangère de l’administration Obama.

C’est ainsi que Robert Ford, ambassadeur étasunien en Syrie, figurait à l’assemblée générale d’Amnesty à Denver, un de ceux qui ont travaillé avec John Negroponte, ambassadeur à Bagdad pendant la période la plus brutale de l’occupation US de ce pays. Tout comme en Amérique Centrale dans les années 80, avec l’opération « Salvador Option », Negroponte et Ford ont repris la même stratégie : soutenir des milices paramilitaires confessionnelles pour réprimer la résistance irakienne ce qui a conduit à la guerre civile. En Syrie, Ford, en dépit de sa courte présence dans ce pays, a été accusé de vouloir développer des forces à la Quisling qui serviraient pour la transmission du pouvoir à des fantoches US dans une Syrie post-Assad, conformément au désir de l’administration Obama.

Si Amnesty a fait l’objet de critiques aux Etats-Unis, notamment sur la question de Guantanamo – « ce goulag de notre temps » – elle a aussi été courtisée par  l’administration Obama, désireuse de présenter une façade humaniste pour couvrir sa politique étrangère. Cette combinaison de pression et de séduction a eu son impact sur l’organisation et, en janvier 2012, Amnesty a nommé comme directeur, Suzanne Nossel,  fraîchement sortie du giron du département d’Etat d’Hillary Clinton, où elle  avait rejoint Susan Rice (1) et Samantha Power (2). Elle a été assistante de Richard Holbrooke, ambassadeur US aux Nations unies, qui, manipulant les inquiétudes au sujet des droits de l’homme, a permis de justifier la guerre au Kosovo en 1999 et conduit aux grandes opérations de nettoyage ethnique . Pur produit de l’establishment US, Suzanne Nossel a été aux commandes du Wall Street Journal, le pire ennemi d’Amnesty dans ses campagnes sur Guantanamo. Elle a aussi assuré le poste de Chief Operating Officer à Human Rights Watch qui est devenu l’exemple d’une organisation humanitaire transformée en apologiste de l’impérialisme. HRW a légitimé le coup fomenté par les Etats-Unis contre le président élu Jean-Baptiste Aristide en 2004 en exagérant, au-delà de tout, les violations des droits de l’homme en Haïti.

Pour Colin Powell,

les ONG sont un des éléments

d’un groupe de combat

Suzanne Nossel (3) est partisane de l’hégémonie américaine, du libéralisme économique et du sionisme, idéologies parées du manteau des droits de l’homme. Personne ne sera donc choqué d’apprendre que Nossel voit  les droits de l’homme comme un moyen d’assurer l’hégémonie des Etats-Unis et de stopper leur déclin. Et s’il fallait un exemple de cette subordination des droits de l’homme aux intérêts de l’impérialisme US (4)  – Colin Powell disait que les ONG « démultiplient la force d’un état major militaire, qu’elles en sont un élément important» -, c’est à sa mission au sein des Nations unies qu’il faut aller le chercher : elle s’est efforcée de balayer toute critique d’Israël,  particulièrement au sein du Conseil des Droits de l’homme. Dans un article publié en 2006, elle s’est déclarée en faveur de la position d’Israël qui réclame une attaque préemptive de l’Iran.

Francis Boyle, au conseil d’administration d’Amnesty US dans les années 80 et début 90, déclarait à Covert Action Quarterly que l’organisation américaine avait poussé Amnesty International dans la coopération avec l’impérialisme, le pire exemple étant la collusion d’Amnesty dans la justification de la guerre du Golfe en 1991. C’est d’elle qu’est partie l’histoire inventée des prématurés retirés des incubateurs au Koweït par des soldats irakiens. « Il n’y a jamais eu d’enquête, ce fut le mur de silence à Londres : pas explication, pas excuse »… jusqu’à ce jour.

Les liens étroits entre les multinationales, l’Etat et les organisations non gouvernementales deviennent la règle en raison du financement privé de ces institutions par, notamment, la Fondation Ford ou la Fondation Soros. Suzanne Nossel est un des personnages les plus marquants de cette fusion.

* Traduction et synthèse : Xavière Jardez

Titre original : Amnesty for occupation

http://www.zcommunications.org/amnesty-for-occupation-by-ashley-smith

Notes (AFI-Flash):

(1) Suzan Rice a été secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines pendant le second mandat de Bill Clinton. Membre, notamment, du National Democratic Institute (NDI), de l’Atlantic Council et du  Council on Foreign Relations (CFR), elle a été nommée, en 2009, ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU. En avril 2011, elle a milité pour que les Etats-Unis interviennent militairement en Libye, allant jusqu’à affirmer – sans apporter la moindre preuve – que les troupes du colonel Kadhafi avaient reçu des comprimés de viagra pour se livrer à des violences sexuelles.

(2) Samantha Power, ancienne pasionaria des droits de l’homme, est aujourd’hui conseillère de Barack Obama et membre, depuis 2009, du Conseil de sécurité nationale. Elle a été un des principaux soutiens de l’intervention US en Libye.

(3) Francis Boyle, professeur de droit international à l’Université de Chicago est connu pour avoir milité pour la destitution des présidents Bush, père et fils, pour leurs guerres constitutionnellement illégales contre l’Irak, puis pour celle de Barack Obama qui est intervenu militairement en Libye sans l’autorisation du Congrès.

(4) Can the USG and NGOs Do More? – Information-Sharing in Conflict Zones, par Ellen B. Laipson (librairie de la CIA)

https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/vol49no4/USG_NGOs_5.htm

Source : france-irak-actualite.com 

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