Aller à…

La Voix Des Opprimés

Le journal des incorruptibles

RSS Feed

Quand Paris négociait avec Radovan Karadzic et Ratko Mladic


Quand Paris
négociait avec Radovan Karadzic et Ratko Mladic

La France a mené en 1995 des négociations secrètes avec les
responsables serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic pour
faire libérer deux pilotes retenus prisonniers, ont dit l’ex-ministre
de l’Intérieur Charles Pasqua et son homme de confiance Jean-Charles
Marchiani.

(JPEG)
A la 20e audience du procès des ventes d’armes à l’Angola, où ils sont jugés avec 40 autres personnes, ils ont assuré que Jacques Chirac, alors président de la République, leur avait confié en septembre 1995 une mission secrète.

Selon eux, il leur fit remettre par le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, Dominique de Villepin,
"900.000 à un million de francs" (150.000 euros) en espèces, sur les
"fonds secrets" en liquide de la présidence de la République.

"Des
fonds spéciaux m’ont été remis par M. Dominique de Villepin, j’ai remis
ces fonds à M. Marchiani pour qu’il effectue un premier déplacement", a
dit Charles Pasqua.

Il a fourni au tribunal un mémoire écrit qu’il avait alors donné à
Jacques Chirac. Lors des discussions, Radovan Karadzic a "fait monter
les enchères" et réclamé un prêt bancaire d’un milliard de francs (150
millions d’euros) en contrepartie de la libération des pilotes, a dit
Jean-Charles Marchiani.

Les prévenus n’ont rien dit du résultat
de la négociation. Les deux pilotes étaient prisonniers depuis que leur
avion avait été abattu le 30 août 1995 au-dessus de la Bosnie. Ils
furent libérés finalement le 12 décembre.

Poursuivi pour génocide
pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), Radovan Karadzic, ancien
leader politique des Serbes de Bosnie, a été arrêté en juillet à
Belgrade puis transféré aux Pays-Bas
pour être jugé par le Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie. Ratko Mladic, son ex-chef d’état-major, est toujours
en fuite.

"L’OPÉRATION DU SAINT-ESPRIT" ?

Au tribunal, Charles Pasqua et
Jean-Charles Marchiani s’attribuant le mérite de la libération des deux
pilotes, y ont associé le milliardaire israélien d’origine russe Arcady
Gaydamak, auteur des ventes d’armes à l’Angola en 1993-1998. En fuite
en Israël, ce dernier est jugé en son absence.

Présenté
dans des notes du renseignement français lues à l’audience comme membre
de la mafia russe, cet homme aurait eu selon le tandem Pasqua-Marchiani
un rôle "déterminant" dans les négociations avec les Serbes de Bosnie.

En
travaillant avec eux, il aurait permis de faire intervenir les services
secrets russes et dépensé personnellement plusieurs millions de francs.
C’est pourquoi il a reçu, sur proposition de l’Elysée, l’Ordre national
du mérite en mai 1996, ont expliqué Pasqua et Marchiani.

L’accusation
soutient que le tandem Marchiani-Pasqua n’a eu aucun rôle. Selon le
parquet, Arcady Gaydamak a "acheté" sa décoration, gage de
respectabilité, en versant 228.673 euros à une association de Charles
Pasqua, France-Afrique-Orient. Ce paiement a été découvert par l’enquête.

Curiosité
relevée par l’accusation, la décoration a été remise à Gaydamak au
titre du ministère de l’Agriculture, en raison de supposés mérites dans
l’exportation de viande. "L’application d’une règle simple des services
de renseignement: ‘keep your secret secret’", a expliqué Charles Pasqua.

Jean-Charles Marchiani a expliqué avoir pu entrer en contact, via les Russes, avec Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

"Le
blocage venait du général Mladic. Il voulait absolument un signe de
reconnaissance internationale officielle", a-t-il expliqué. Après
plusieurs voyages et l’intervention d’un général français en retraite,
Pierre Gallois, auprès de Ratko Mladic, l’affaire s’est débloquée, a
raconté Marchiani.

Les otages ont été remis à un autre général,
Jean-Philippe Douin, à la frontière entre Bosnie et Serbie.
Jean-Charles Marchiani, présent, a pris place dans l’avion du retour.

A
l’instruction, le général Douin et l’ex-ministre des Affaires
étrangères Alain Juppé ont dit n’avoir jamais entendu parler d’une
mission Marchiani-Pasqua.

"La vraie question est de savoir si
vous avez eu un rôle", a demandé le président du tribunal à
Jean-Charles Marchiani. "Si les pilotes ont été libérés par l’opération
du Saint-Esprit, rendons grâce au Saint-Esprit", a-t-il répondu.

Le procès se poursuit mercredi.

Édité par Gilles Trequesser

http://fr.news.yahoo.com/4/20081125/tts-france-justice-angola-karadzic-ca02f96.html

Mots clés: , , ,

Plus d’histoires de