UKRAINE : Le facteur corruption. Une analyse de l’expert militaire Boris Rozhin


Le blocage de 40 milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine par le sénateur Rand Paul est certes temporaire, mais en même temps remarquable. Dans son raisonnement, le sénateur Paul a directement fait remarquer que les énormes sommes d’argent allouées à l’Ukraine pouvaient tout simplement être volées et a exigé un contrôle au moins minimal de leurs dépenses. Ce qui, en fait, a causé le report.

Naturellement, une question se pose : pourquoi le sénateur Paul dit-il que l’argent peut être volé aux États-Unis « démocratiques » ou en Ukraine « démocratique » ? Le sénateur Paul lui-même répond à cette question en se référant à l’expérience de l’Afghanistan, où, selon les estimations de l’université Brown, les États-Unis ont injecté 2,31 billions de dollars en 20 ans (de l’automne 2001 à l’été 2021). Le résultat de la guerre est bien connu : les talibans (interdits dans la Fédération de Russie) ont gagné, et 20 ans plus tard, ils contrôlent à nouveau l’Afghanistan.

En ce moment, avant même la fuite des États-Unis de Kaboul, les médias américains ont écrit ouvertement qu’une partie importante de l’aide américaine au gouvernement Ghani s’est dissipée on ne sait où, laissant entendre principalement qu’elle a été volée par les fonctionnaires du régime fantoche afghan et les seigneurs de la guerre locaux. Néanmoins, des questions ont également été soulevées au sujet du gouvernement américain et des entrepreneurs privés de la défense qui ont activement utilisé cet argent.

Mais cette histoire était également loin d’être unique. Les États-Unis ont dépensé, selon diverses estimations, des dizaines voire des centaines de milliards de dollars pour tenter de renverser le gouvernement de Bachar el-Assad en Syrie. Ils ont échoué là aussi, comme nous le savons (la Russie et l’Iran ont fait de leur mieux). Pendant la guerre, certains faits désagréables concernant le détournement de fonds américains alloués à la « révolution démocratique syrienne » ont fait surface dans les médias américains. On a notamment appris que plus de 350 millions de dollars alloués par la CIA pour la formation des combattants de l’Armée libre syrienne dans des camps d’entraînement sur le territoire de la Turquie ont été subtilisés.

En fait, l’argent a été dépensé, mais les combattants n’ont pas été réellement formés. En réalité, l’argent a simplement été volé et reversé aux combats en Syrie. Également accusé d’avoir volé l’argent de la « démocratie », le défunt chef des Casques blancs, Le Mezurier, s’est jeté par la fenêtre de sa maison à Istanbul. Selon plusieurs versions, avec Le Mezurier, on a coupé la queue des agences de renseignement impliquées dans le financement des Casques blancs, qui ont non seulement fabriqué divers faux sur les « armes chimiques d’Assad », mais aussi maîtrisé le « financement démocratique » par le biais des agences de renseignement, car il n’y avait pratiquement aucun contrôle sur l’utilisation des fonds qui allaient en Syrie.

En outre, nous pouvons rappeler les allégations de l’administration d’occupation de Paul Bremer, qui a supervisé la « reconstruction de l’Irak » et a reçu des tonnes d’argent liquide de la part des États-Unis, dont une partie a disparu dans la nature. Selon une enquête de la commission du Congrès américain, 12 des 60 milliards de dollars d’argent liquide livrés à l’Irak ont entièrement disparu sans aucun document. La majeure partie de l’argent restant a été dépensée sur la base des habituels reçus manuscrits, ce qui laisse planer un sérieux doute quant à son authenticité et ne permet pas de savoir si l’argent liquide importé a réellement été dépensé. De même, le Parlement britannique a fini par découvrir qu’il manquait 8 milliards de livres sur les 16 milliards alloués à l’Irak par la Grande-Bretagne.

En somme, pour ceux qui ont la vertu de se souvenir des précédentes guerres américaines, il est évident que la probabilité qu’une partie substantielle des sommes allouées se dissolve à nouveau dans l’inconnu est proche de 100%. Le sénateur Rand Paul est manifestement du même avis, c’est pourquoi il appelle à une plus grande surveillance des dépenses, mais il semble que cette surveillance ne sera de toute façon d’aucune utilité en Ukraine.

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